La justice est régie par de grands principes mais aussi par des symboles. L’annonce faite, jeudi 28 mai, par Gérald Darmanin, le ministre de la justice, de construire une salle d’audience accolée à un établissement pénitentiaire, vient troubler la chose judiciaire à plusieurs titres. Prévue pour accueillir les procès qui mobilisent un nombre important de prévenus et de parties civiles, cette salle doit être installée dans l’enceinte de la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis (Essonne) et doit être opérationnelle dès la fin 2027.

Elle sera construite sous une forme modulaire, pour un coût de moins de 10 millions d’euros, selon le chiffrage de la chancellerie. Une autre salle, plus coûteuse, est également prévue au sein de l’ancien Palais de justice, sur l’île de la Cité, à Paris. Ce n’est pas une solution transitoire que propose le ministre, mais une réponse de long terme, qui vise à compenser la disparition de la salle des grands procès créée pour les attentats du 13-Novembre.

On comprend les multiples intérêts, pour la Place Vendôme, d’ériger une salle d’audience à proximité d’une prison pour éviter les extractions de prévenus. L’aspect sécuritaire est évident : tout le monde garde à l’esprit l’évasion meurtrière au péage d’Incarville (Eure) de Mohamed Amra, en 2024, lors d’un transfert. L’assaut par des hommes armés du fourgon transportant le narcotrafiquant avait fait deux morts et trois blessés graves. Placer une salle d’audience à proximité de la plus grande prison d’Europe minimise grandement ces risques. Un élément essentiel, alors que l’Etat a fait de la lutte contre le narcotrafic une priorité de sa politique pénale.