02 juin 2026Aujourd'hui à 00:00Mise à jour à03 juin 2026 09:00Récompensée par le Prix du Public et le Prix spécial du Jury à Sundance, cette comédie rurale (mais techno!) suit le parcours d'un berger de 15 ans, bien décidé à faire vibrer les montagnes de Macédoine...Le résuméAhmet, jeune berger macédonien, découvre la techno comme promesse de liberté.Entre traditions rurales, amour contrarié et humour burlesque, le film évite le folklore figé, à la manière de Kusturica.Une fable étrange et tendre, où l’émancipation passe par les beats et un tracteur sound system.Un paysage de collines écrasées de soleil. Le seul son: le tintement métallique des cloches des moutons. Un garçon, assis dans la poussière, fixe désespérément l'écran de son vieux portable où la barre de chargement d'un morceau de musique reste obstinément bloquée par manque de réseau…Le soir, le jeune berger distrait part à la recherche d’une brebis égarée, lorsque soudain des flashs de néons rose et bleu percent les feuillages. Ahmet tombe nez à nez avec une bande de jeunes déchaînés. Ils ont organisé une soirée dansante tonitruante et délirante en pleine campagne. Abasourdi, Ahmet est fasciné. Mais il doit surtout récupérer sa brebis, puis une autre, puis toutes: les bêtes, apeurées, se sont regroupées et tentent de fuir le beat et les danseurs. La vie d’Ahmet vient de changer. À lui la musique, à lui la grande vie, et la liberté…DJ Ahmet - Official TrailerElectro et émancipationCe film au rythme étrange est bourré de symboles, parfois un peu déroutants. Qu’importe, sous couvert de "coming of age" (ce genre qui capture le basculement de l’adolescence vers l’âge adulte, avec la prise de conscience corollaire), on capture ici la ruralité des Balkans avec une immense tendresse, grâce à un humour absurde et burlesque bien senti. Sans jamais tomber dans un misérabilisme gratuit, on nous plonge dans un ailleurs absolu, où les traditions ont la vie longue, pour le meilleur ou pour le pire.Ici, la musique électronique ne sera donc pas seulement un ingrédient hautement cinématographique, elle devient un symbole de rébellion poétique, une brèche lumineuse dans un quotidien codifié par le conservatisme. Pour s’en défaire, quoi de mieux que de transformer le tracteur familial (qui devrait arrimer Ahmet à la terre), et d’en faire un sound system improvisé? ©docL’ombre de KusturicaOn marche ici clairement dans les pas du génial Emir Kusturica ("Le temps des gitans"), lui qui a su si bien nous donner à voir ces territoires en marge et ces adolescents décalés, maladroits, mais finalement si attachants. Pour trouver cette vérité, le réalisateur a posé sa caméra dans les décors réels et bruts de villages macédoniens isolés, et il a su faire la part belle aux acteurs non professionnels.À commencer par Dora Akan Zlatanova, qui incarne Aya, une jeune fille revenue d'Allemagne pour un mariage arrangé, et dont Ahmet va tomber éperdument amoureux. Et la techno de devenir pour eux le langage secret d’une résistance générationnelle… Une fable sociale enjouée, ludique, bizarre, qui prouve avec force que l'émancipation se gagne parfois à coups de décibels, et de tracteurs survitaminés.Georgi M Unkovski | DJ Ahmet – The Director's Chair