Publié le 02/06/2026 09:15

Mis à jour le 02/06/2026 09:16

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Invité des "4 Vérités" sur France 2 ce mardi 2 juin, le ministre des Affaires étrangères revient sur la question d'un cessez-le-feu au sud Liban. Les "frappes" dont Israël menace Beyrouth, "n'auront pas lieu", affirme-t-il, d'après les éléments dont il affirme avoir connaissance "à ce stade".

Ce texte correspond à une partie de la retranscription de l'interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.Gilles Bornstein : Benyamin Nétanyahou, le Premier ministre israélien, menace Beyrouth. Et Donald Trump l'engueule — je n'ai pas trouvé d'autre mot pour décrire le coup de fil qui nous a été relaté — en lui ordonnant d'arrêter son offensive. Quelle est la situation ce matin au Liban, Monsieur le ministre des Affaires étrangères ?Jean-Noël Barrot : Vous savez, nous reconnaissons le droit d'Israël à la légitime défense, y compris face aux attaques inacceptables du Hezbollah, mais rien ne peut justifier la poursuite des opérations militaires et l'occupation prolongée d'Israël dans la profondeur du territoire libanais. C'est la raison pour laquelle nous avons appelé, évidemment, à cesser le feu : que le Hezbollah cesse d'attaquer Israël, qu'Israël cesse d'attaquer le Liban, et que ce dialogue, qui s'est engagé pour la première fois depuis si longtemps entre le gouvernement israélien et le gouvernement libanais, puisse se poursuivre. Des réunions sont prévues cette semaine à Washington pour aller vers la restauration de l'autorité de l'État libanais, le désarmement du Hezbollah et le retrait d'Israël.Les armes se sont-elles tues suite à ces coups de fil ?Effectivement, des coups de fil ont été passés. D'ailleurs, nous y avons participé. Le Président de la République s'est entretenu avec le président Trump dimanche. Moi-même, j'ai échangé avec mes homologues iraniens et américains hier, car il est hors de question que le Liban soit en quelque sorte une victime expiatoire d'un accord qui peine à se conclure entre l'Iran et les États-Unis. Ce que nous voulons, c'est que les discussions qui sont prévues cette semaine entre le gouvernement israélien et le gouvernement libanais puissent se tenir dans les meilleures conditions, et ça n'aurait pas pu être le cas si Israël avait mis à exécution ses menaces, c'est-à-dire des frappes contre Beyrouth.Donc, vous confirmez que ces frappes n'ont pas eu lieu et que la situation est relativement calme ce matin au Liban ?J'ai lu les déclarations des responsables des autorités israéliennes, et je comprends qu'à ce stade, ces frappes n'auront pas lieu.Vous avez parlé de l'influence de la France. Force est de constater que si Benyamin Nétanyahou s'est retenu de cette offensive, c'est davantage pour faire plaisir à Donald Trump qu'à Emmanuel Macron…Oui, j'entends des voix, et notamment en France, qui dénoncent une supposée inaction de la France au Liban. Mais c'est oublier que c'est bien la France qui a appelé, face à cette escalade, à une réunion d'urgence du Conseil de sécurité, mais bien avant ça, que c'est la France qui, la première, s'est tenue aux côtés du peuple libanais et des autorités libanaises en apportant une aide humanitaire d'urgence dès le début de la guerre, et en apportant plus récemment un soutien militaire avec une quarantaine de véhicules blindés. Et ceux qui dénoncent aujourd'hui l'inaction de la France insultent la mémoire des Casques Bleus français, l'adjudant Montorio et le sergent-chef Girardin, qui ont donné leur vie au sein du contingent français de la Finul, de la force des Casques Bleus au Liban, qui, présents sur place par leur courage et par leur dévouement, contribuent à faire baisser la pression.Même incertitude dans le Golfe. "Suspension des négociations", a dit l'Iran. "Les négociations continuent à un rythme soutenu", dit Donald Trump. Donc, l'une de ces deux versions est vraie ou est fausse, comme vous voulez. Lequel des deux dit la vérité ? Est-ce que ces négociations continuent, selon les informations françaises ?Un accord est à portée de main, et l'Iran et les États-Unis doivent désormais tout faire pour le conclure, car la situation est insoutenable, qu'elle ne fait que des perdants, à commencer par les États-Unis et l'Iran.L'Iran dit ce matin : "les exigences américaines ne sont pas possibles" ; l'imminence de cet accord est démentie.L'imminence de cet accord, c'est ce que nous appelons de nos vœux puisque, je le dis, cette situation ne fait que des perdants, à commencer par l'Iran et les États-Unis, mais jusqu'à nous, puisque nous subissons de plein fouet les conséquences de cette guerre que nous n'avons pas choisie. Nous appelons donc les deux parties à se mettre d'accord pour que ce détroit d'Ormuz puisse rouvrir, que la circulation maritime puisse reprendre, et que la circulation des hydrocarbures mais aussi des engrais, la circulation des marchandises puisse reprendre son cours normal.Le salon de l'armement Eurosatory se tient à Paris du 15 au 19 juin. Israël ne pourra y présenter que des armes de défense, ce qui était déjà le cas les années précédentes. Puisque la France condamne de façon assez véhémente l'action d'Israël à la fois au Liban, en Cisjordanie, pourquoi ne pas tout simplement interdire les armes israéliennes ?Parce que, je vous l'ai dit tout à l'heure, nous reconnaissons le droit d'Israël, comme de tout État, à se défendre contre les agressions dont il est victime, et en particulier les agressions menées par des groupes comme le Hezbollah, les agressions dont Israël a été la victime, depuis l'Iran. Cependant, en pleine cohérence avec les décisions que nous avons prises par le passé, nous avons indiqué aux organisateurs de ce salon que seuls les matériels défensifs pourraient être exposés.Vous avez dit de la chroniqueuse pro-russe du groupe Bolloré, Madame Fedorova, que c'était une "propagandiste patentée qui sert la soupe de Vladimir Poutine". C'est une journaliste ou une influenceuse ?C'est aux journalistes de le dire, ce n'est pas à un membre du gouvernement de faire la police du journalisme, si vous voulez. Ce qui est clair, je l'ai déjà dit, c'est que chacun est libre de sa ligne éditoriale, mais qu’ouvrir ses plateaux, ses colonnes à Madame Fedorova, c'est tout simplement servir la soupe de Vladimir Poutine, puisque je crois qu'elle ne s'en cache même pas, elle sert de relais à la désinformation du Kremlin.En français, ça s'appelle une influenceuse à la solde du Kremlin. Il y a des influenceurs algériens qui ont été expulsés. Pourquoi n'est-elle pas expulsée ?Vous savez, il y a un état de droit. En France, on n'expulse pas les gens sur la base, comme ça, d'opinions. Et donc il y a un certain nombre de critères qui peuvent déterminer, si oui ou non, il y a un trouble à l'ordre public. C'est d'ailleurs ce qui fait la différence entre la France et la Russie, où on ne s'embarrasse pas de telles précautions pour envoyer ce qu'on identifie comme des agents de l'étranger ou des opposants politiques au goulag ou dans des colonies pénitentiaires.Question au vice-président du MoDem que vous êtes : vous souhaitez qu'il y ait un candidat unique de la droite et du centre en 2027. Vous l'avez dit à plusieurs reprises. Vous n'avez jamais dit lequel ?D'abord, je récuse cette expression "de la droite et du centre". Il existe une droite dans notre pays, il existe une gauche et il existe un centre. Et comme vous le savez, avec François Bayrou au MoDem, nous considérons qu'il est indépendant et qu'il est libre de ses alliances et qu'il a vocation, en 2027, à présenter un projet, une vision devant les Français. Le centre, ça veut dire le MoDem ou le centre comme concept philosophique ? Le centre, c'est un courant ancien de la vie politique française, qui a beaucoup de choses à dire et qui, dans les semaines et les mois qui viennent, va s'exprimer, s'affirmer dans sa singularité et sa radicalité.Ça veut dire quoi ? Ça signifie présenter un candidat ? Ça signifie poser un diagnostic sur l'état du pays, ce dont il a besoin pour se projeter avec enthousiasme vers l'avenir. Et quant à la question du candidat, eh bien, je crois qu'il ne faut pas se fixer là-dessus, parce que ce n'est pas parce qu'on en a un ou qu'on n'en a pas qu'on doit se taire. Je crois que ce qui se joue en 2027 est suffisamment important.Vous n'êtes convaincu ni par Édouard Philippe ni par Gabriel Attal ? Non, ça veut dire que nous avons des choses à dire et que nous n'allons pas nous taire parce que nous n'avons pas de candidat, ou pas encore de candidat, sur la ligne de départ.La Ve République, c'est un candidat à l'élection présidentielle. Il faut que quelqu'un les dise ces choses.Alors quoi ? On va rester les bras ballants jusqu'en 2027 en attendant que tous les candidats soient sur la ligne de départ ? Qui est pour vous la ou le meilleur pour éviter le tête-à-tête entre Jean-Luc Mélenchon et Jordan Bardella ?Cette question-là viendra en temps utile. Aujourd'hui, c'est le temps de l'affirmation. Quelles sont les questions qui doivent être posées ? Moi, je refuse que le débat présidentiel soit confisqué par Mme Le Pen et M. Bardella d'un côté, M. Mélenchon de l'autre. Il y a des questions, des sujets que je veux voir poser : le poids de la technocratie, le sacrifice de la jeunesse, le déclin du civisme dans notre pays. Voilà autant de questions dont je souhaite qu'elles puissent être au centre de ce débat présidentiel.Il y a une autre question qui est déjà au centre, c'est celle de l'immigration. En parlant des incidents, des violences urbaines après la victoire du PSG, votre ancien collègue du gouvernement Bruno Retailleau a dit que "ça ne se résoudra pas sans s'attaquer au désordre migratoire". Il fait un lien entre ces violences et l'immigration. Votre commentaire ?Il parle sans doute d'une actualité européenne, qui est qu'une directive, une loi européenne, appelée la directive "Retour"... Ce n'est pas ce que disait Bruno Retailleau… C'est ce que je dis, moi, puisque face à une situation dans laquelle nous ne parvenions plus à garder le contrôle et à maîtriser l'immigration irrégulière, nous avons pris un certain nombre de lois européennes, car c'est un sujet qui ne peut en aucun cas, contrairement à ce que disent les extrêmes, être traité au niveau national. Donc, vous ne reprenez pas ses mots, mais vous dîtes, qu'il faut régler un problème d'immigration ?Je dis qu'hier soir, un accord a été trouvé au niveau européen pour permettre à l'Europe de mieux prendre en compte cette immigration irrégulière et de la maîtriser.Votre actuel collègue, Gérald Darmanin, garde des Sceaux, propose un moratoire sur l'immigration. Est-ce que c'est une bonne idée ?Je crois qu'il y a d'autres façons, à la fois de répondre à ce que peuvent être les besoins qui sont ceux de l'économie française. Il y a beaucoup d'étrangers qui travaillent dans notre pays et dans beaucoup de secteurs d'activité, tout en jugulant l'immigration irrégulière qui reste une priorité absolue pour ce gouvernement.