Le château de Versailles, ses dorures, ses jardins à la française et, depuis 2018, sa grand-messe annuelle des investissements étrangers. Le neuvième sommet Choose France, qui s’est tenu lundi 1er juin, a une nouvelle fois tenté de frapper les esprits avec des chiffres impressionnants : 93 milliards d’euros d’investissements, dans lesquels l’intelligence artificielle (IA) se taille la part du lion, 71 annonces, 15 000 emplois promis. Mais, derrière le faste des déclarations, se posent des questions cruciales sur la nature des projets.

L’annonce la plus marquante est venue du patron de SoftBank, qui a présenté un projet pharaonique de centres de données dans les Hauts-de-France : 45 milliards d’euros d’ici à 2031, jusqu’à 75 milliards à terme, en partenariat avec Schneider Electric. Le gestionnaire canadien Brookfield a suivi, avec 10 milliards d’euros supplémentaires dans les infrastructures liées à l’IA, le fonds émirati MGX et Bpifrance ont annoncé un deuxième site pour 7,5 milliards d’euros, Salesforce a promis 2 milliards de dollars (1,7 milliard d’euros).

Ce qui attire ces géants mondiaux, ce n’est pas tant notre génie industriel retrouvé ni la flexibilité de notre marché du travail. C’est notre électricité. Décarbonée, abondante, structurellement excédentaire, grâce à l’un des plus grands parcs nucléaires du monde, elle est devenue l’or noir du XXIe siècle, à l’heure où les data centers dévorent l’énergie. Alors que s’ouvre un débat sur une taxe carbone aux frontières des services numériques, les géants américains de l’IA ont tout intérêt à installer leurs infrastructures là où les électrons sont propres.