Publié le 01/06/2026 21:22

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Pierre Moscovici, membre de la Cour des comptes européenne et ancien ministre de l’Économie, était l’invité de franceinfo ce lundi 1er juin 2026. Il est revenu sur la polémique liée au renouvellement du titre de séjour de Xenia Fedorova et sur la présence de figures accusées de relayer la propagande du Kremlin dans certains médias français, avant d’évoquer également les violences survenues après le match PSG-Arsenal et le débat sur la réponse de l’État face aux casseurs.

Ce texte correspond à une partie de la retranscription de l'interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder en intégralité.Sonia Chironi : "Propagandiste qui sert la soupe de Poutine" : c'est ainsi que Jean-Noël Barrot a qualifié Xenia Fedorova. Comment expliquer qu'en 2024, alors que, comme vient de le rappeler notre journaliste, deux ans auparavant, la chaîne de télévision pro-Kremlin qu'elle dirigeait avait été interdite de diffusion sur le sol européen pour action de propagande continue et concertée qui menace directement et gravement l'ordre et la sécurité publique, elle ait obtenu ce renouvellement de titre de séjour ? Est-ce qu'on peut vraiment imaginer que cela ait été fait de manière automatique par un fonctionnaire de la préfecture de police ? Que le sommet de l'État n'ait pas regardé cette affaire ?Pierre Moscovici : Je viens d'entendre les explications qui sont données. Je n'ai pas les éléments pour dire si c'est normal, pas normal, simple, pas simple, qui est intervenu ou pas. Je n'ai pas de suspicion a priori. Mais il me semble que le vrai problème, ce n'est pas le titre de séjour. C'est le fait que, si j'ai bien compris, cette dame opère aujourd'hui dans un média. Elle était propagandiste.Dans plusieurs médias détenus par Vincent Bolloré.Elle était propagandiste de Poutine. Elle demeure propagandiste de Poutine. Elle était sur le média appelé RT. Il a été interdit. Et maintenant, elle fait la propagande de Poutine, de la même manière, avec les mêmes termes, peut-être un petit peu aujourd'hui allégés, sur un média qui est un média du groupe Bolloré. Le problème, pour moi, il est là. C'est un problème de guerre culturelle, en quelque sorte. Je ne vois pas pourquoi, au fond, elle a été interdite sur RT et qu'elle est autorisée sur un autre média aujourd'hui. C'est ça, le vrai problème.Le titre de séjour détourne un petit peu la question parce que cela mêle éventuellement quelque chose que le gouvernement aurait fait ou pas fait. Je n'ai pas d'accusation à faire de cette nature-là. En revanche, je vois ce qu'elle fait. Cela me paraît ressortir davantage d'elle que, en effet, du ministère de l'Intérieur. Je n'ai aucune raison de soupçonner ce que dit Laurent Nunes. Et je trouve que cela déplace, au fond, le terrain du vrai problème, qui est sa présence sur des médias, la propagande qu'elle conduit et qu'elle assume, et non le titre de séjour qui est... bon, on éclairera tout cela. Je rappelle que, si je suis bien informé, on peut aussi retirer un titre de séjour même quand il a été accordé. Et le ministre de l'Intérieur le disait aussi ce matin. Comme c'est une influenceuse on pourrait lui retirer son titre de séjour. Je ne plaide pas pour cela. Je dis simplement que le vrai problème, pour moi, ce n'est pas le titre de séjour. C'est le fait qu'elle a, pour le coup, droit d'asile sur une chaîne pour faire de la propagande pour Vladimir Poutine. Et je rappelle quand même que Vladimir Poutine est l'homme qui a agressé et envahi l'Ukraine. Et je rappelle que la Russie, pour nous, est une menace potentielle.Après l'Ukraine, il y aura d'autres interventions russes si on ne la stoppe pas en Ukraine. Et vous savez que la guerre hybride, la guerre de l'information, la guerre des drones, les menaces, tout cela... La Russie est en guerre, est déjà en guerre, de ce point de vue là, contre nous.Mais on parle d'un média privé qui emploie absolument qui il veut, qui défend la liberté d'expression de ses chroniqueurs. Est-ce qu'il n'y a pas une responsabilité à prendre du côté du gouvernement, de l'État français, quand on prétend être en guerre hybride, quand on affirme combattre la propagande ? Est-ce qu'il n'y a pas une responsabilité à prendre et, dans ces cas-là, effectivement, d'expulser cette personne ?Franchement, ce n'est pas à moi de dire au gouvernement ce qu'il doit faire en matière de titre de séjour ou non. Ce que je souligne simplement, c'est exactement ce que vous dites : c'est-à-dire qu'on est sur un média privé qui, aujourd'hui, relaie la propagande du Kremlin à travers cette dame. Et cela, pour moi, c'est très choquant. Et cela s'ajoute à d'autres choses. Cela s'ajoute à ce qui s'est passé lors du Festival de Cannes, quand Canal + a expliqué qu'elle allait boycotter ou mettre de côté des pétitionnaires. Bon, c'est quand même très radical. Cela s'ajoute à ce qui s'est passé chez Grasset, où Olivier Nora a été expulsé manu militari et où 170 auteurs ont dit qu'ils allaient partir. Il y a quelque part, là, une guerre culturelle, une guerre intellectuelle qui est en train d'être menée. Et, en toute hypothèse, on ne peut pas y être indifférent. Cet épisode-là s'ajoute aux autres.Nathalie Saint-Cricq : Vous avez regardé le match PSG-Arsenal ? Toutes les violences qu'il a pu y avoir après, qui n'étaient pas forcément le fait de supporters mais probablement de casseurs, relancent le débat sur une justice trop laxiste, un État trop laxiste. Est-ce que vous considérez que c'est quelque chose avec lequel il faut vivre et qu'en gros, même si c'est spécifique pas entièrement spécifique à la France mais que, disons, on a une bonne petite tradition avec le PSG, il faut se dire : eh bien oui, on mettra les forces de l'ordre et puis on subira cela régulièrement quand il y aura un match ? Ou alors faut-il prendre les choses en main ?Écoutez, là encore, ce n'est pas mon travail d'aujourd'hui, ce n'est pas mon expertise. Je ne suis pas entraîneur non plus, je ne suis pas ministre de l'Intérieur non plus, et je fais confiance aux forces de l'ordre de mon pays. Simplement, ce qu'il faut voir, c'est qu'il faut éviter, je crois, la généralisation. Quand Éric Zemmour, derrière cela, en profite pour ressortir sa thèse sur la remigration, cela me paraît complètement dépassé. Il y a des problèmes qui sont liés à des casseurs. Et cela, on les voit. Je me suis promené après, près de mon domicile, où il y avait des manifestations dans la rue. J'ai vu des gens qui étaient casqués, qui s'apprêtaient à commettre des actes, ou en tout cas qui étaient disponibles pour le faire. Cela, c'était clair. Et puis il y a aussi cette question : pourquoi cette jeunesse est-elle comme cela, répandue de cette façon-là ? Il ne faut pas assimiler toute la jeunesse aux casseurs, loin de là.Ce texte correspond à une partie de la retranscription de l'interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder en intégralité.