Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Santé mentale Santé mentale Santé mentale Tribune Bruno Jay Professeur de philosophie Dans une tribune au « Monde », le philosophe Bruno Jay s’interroge sur la valeur clinique et éthique des conversations avec une intelligence artificielle, privée de rêves et d’inconscient, plutôt qu’avec de véritables thérapeutes. Publié aujourd’hui à 16h00 Temps de Lecture 3 min. Article réservé aux abonnés L’entrée dans nos vies de l’intelligence artificielle (IA) générative est une révolution qui, par nature, va trop vite, tant elle surpasse nos capacités cognitives et prédictives. Tel Adam en son Eden, nous hésitons entre deux visions de l’avenir. L’une où, grâce à cette nouvelle figure de l’arbre de la connaissance, nous pourrions « devenir comme des dieux », pour reprendre la formule du serpent de la Genèse. L’autre où les promesses de l’IA – arbre de la connaissance – seraient la dernière tentation d’un diable triomphant, offrant un visage, tel celui d’Elon Musk faisant le salut nazi en soutien à l’investiture d’un milliardaire peroxydé, nous voyant chuter en un lieu où l’obsolescence de l’humain est programmée avec un sourire narquois. Dans certains domaines, le choix est facile à faire. Ainsi, dans celui de la médecine, chacun s’accorde à dire que l’IA générative est une aubaine, on pourrait même dire un miracle pour rester dans les métaphores religieuses – une autre question se posera du fait de cette évolution, celle du coût des soins. En revanche, il n’en va pas de même en ce qui concerne le soin psychique. Là, les choses se corsent. Intéressons-nous seulement aux affections psychiques ne relevant ni de la psychose ni de la psychiatrie. L’IA générative, sous la forme de chatbots thérapeutiques, est-elle une bénédiction ou un cauchemar ? Les données s’accumulent pour répondre à cette question. L’opinion semble d’ailleurs avoir déjà répondu. Ils sont aujourd’hui des milliers, demain, nous dit-on, des millions, à utiliser les chatbots pour soigner des affections psychiques, et tous ou presque semblent s’en féliciter. Plusieurs études récentes ont l’air de le confirmer : l’utilisation de ces outils a des effets significatifs sur l’anxiété et la dépression, notamment en brisant certains barreaux d’une solitude extrême déshumanisante. Toujours disponibles – alors que les temps d’attente pour obtenir un rendez-vous chez un thérapeute se comptent parfois en mois –, gratuits, garantissant un strict anonymat, dotés d’une capacité d’interprétation fabuleuse, déjà largement supérieure à la moyenne de celle des thérapeutes en chair et en os, à l’abri des mauvaises surprises, capables de mettre en place sans délai un suivi de qualité : disponibilité, continuité, empathie fonctionnant comme un anxiolytique puissant. Il vous reste 59.42% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
IA : « Les chatbots thérapeutiques sont au mieux superficiels, au pire psychiquement dévastateurs »
TRIBUNE. Dans une tribune au « Monde », le philosophe Bruno Jay s’interroge sur la valeur clinique et éthique des conversations avec une intelligence artificielle, privée de rêves et d’inconscient, plutôt qu’avec de véritables thérapeutes.








