La pianiste Élisabeth Pion et Arion Baroque, sous la direction de Mathieu Lussier, donnaient dimanche la première partie de leur intégrale des Concertos pour piano de Beethoven dans le cadre du Festival Classica, expérience stimulante qui a confirmé la beauté et la qualité du pianoforte Broadwood de 1826 acquis par le mécène Jacques Marchand pour le festival.C’est une sorte de don du ciel que ce somptueux pianoforte Broadwood en acajou. Depuis bien longtemps, notamment un disque de sonates de Beethoven d’Alexei Lubimov enregistré pour Erato, nous sommes sous le charme des meilleurs ambassadeurs parmi ces instruments historiques du temps de Beethoven, alors que, très souvent, on tend à utiliser dans le répertoire viennois de cette époque des pianoforte de la manufacture Conrad Graf.L’exemplaire de 1826 qui se trouve désormais entre les mains du Festival Classica est un bijou, qui s’est avéré de taille à dialoguer avec un orchestre baroque dans une église de Saint-Lambert, mais que l’on rêverait évidemment d’entendre au Domaine Forget, une salle idéale pour l’exercice.CadencesLes caractéristiques générales des Concertos nos 1 à 3 présentés dimanche étaient, dans la prestation orchestrale, des contrastes dynamiques exacerbés, lorsque l’orchestre jouait à découvert ou dominait le discours (l’explosion sonore la plus notable fut à la fin du 1er mouvement du 3e Concerto) et une attention millimétrée aux dosages lorsque le pianoforte jouait. Les instruments anciens apportaient souvent de fort belles couleurs (début du 2e mouvement du 2e Concerto) à ces œuvres. Mathieu Lussier a aussi dirigé une ouverture de Sophie Gail, compositrice française très marquée par la musique de Rossini, le concurrent de Beethoven à Paris à cette époque.Le son d’un Broadwood n’est pas fluet. Même s’il invite à la simplicité délicate, il a beaucoup de tenue. Par contre, il ouvre des espaces sonores, et Elisabeth Pion a, à plusieurs reprises, créé des moments que l’on ne peut pas imaginer sur un piano moderne, des instants où le son semble flotter dans l’air. Ce fut notamment le cas dans un magnifique mouvement lent du 1er Concerto et dans l’une des plus belles fins de 2e mouvement de 2e Concerto que l’on puisse imaginer.