L’artiste argentin installé à Paris depuis 1958 laisse derrière lui une œuvre articulée autour de la lumière, de la couleur et du mouvement. Il disparaît à 97 ans. Julio Le Parc en 2019 au Centre culturel Kirchner de Buenos Aires devant une de ses œuvres, « Modulation 48 ». EMILIANO LASALVIA / AFP Par Johanna Seban Publié le 31 mai 2026 à 11h50 Figure de l’art cinétique et de l’art optique, Julio Le Parc est mort le 30 mai à Paris, à 97 ans. Ce maître de l’illusion et passionné par la couleur et le mouvement était né le 23 septembre 1928 à Palmira, une petite ville de la province de Mendoza en Argentine, au pied de la Cordillère des Andes. Il grandit dans une famille ouvrière puis s’installe en 1942 à Buenos Aires avec sa mère et ses frères. Le jour, le jeune homme travaille comme apprenti dans une usine de maroquinerie. Le soir, il suit les cours des Beaux-Arts et se passionne notamment pour la notion de « spatialisme » développée par son professeur Lucio Fontana, qui intègre la lumière, l’espace, le temps et le mouvement dans l’œuvre d’art. En 1958, Julio Le Parc traverse l’Atlantique pour étudier à Paris après avoir obtenu une bourse du gouvernement français. Il s’intéresse aux effets de la lumière, s’impose des nouvelles règles (comme un prisme chromatique de quatorze couleurs) et envisage des œuvres qui évoluent au gré des déplacements et mouvements du spectateur. Avec d’autres artistes (François Morellet, Horacio Garcia Rossi, Jesús-Rafael Soto…), il cofonde le GRAV, Groupe de recherche d’art visuel. Ce laboratoire entend rompre avec la figure du « génie créateur » de l’artiste pour, au contraire, privilégier le collectif et impliquer le public dans l’expérience artistique. « D’une manière générale, par mes expériences, j’ai cherché à provoquer un comportement différent du spectateur […] pour trouver avec le public les moyens de combattre la passivité, la dépendance ou le conditionnement idéologique, en développant les capacités de réflexion, de comparaison, d’analyse, de création, d’action » expliquait-il en 2013. Anti-académique et facétieux En 1966, Julio Le Parc remporte le Grand Prix de la peinture à la Biennale de Venise. Mais l’homme est joueur et anti-académique : six ans plus tard, le musée d’Art moderne de la Ville de Paris lui propose une importante rétrospective, qu’il décline après avoir joué sa décision… à pile ou face ! Deux ans plus tard, il se lance dans la création de La Longue Marche, une des pièces maîtresses de l’art cinétique, vaste fresque d’une vingtaine de mètres de long, constituée de dix tableaux déployant un réseau de formes colorées. Longtemps demeuré dans l’ombre, son travail trouve en 2013 un nouvel éclairage : au Palais de Tokyo, une monographie d’envergure réunit, sur 2 000 m2, ses peintures, installations monumentales et œuvres lumineuses… Dix ans plus tard, soixante-dix de ses œuvres investissent l’espace des Moulins de la Galleria Continua près de Coulommiers : gouaches sur papier, collages sur carton, mobiles… Une session de rattrapage sera possible cet été : l’œuvre de Julio Le Parc sera mise à l’honneur dans quelques jours à Londres, la Tate Modern lui consacrant une grande exposition à partir du 11 juin. Arts Mort Beaux arts Le magazine en format numérique Lire le magazine Les plus lus