Monde EuropeEurope. Kiev a rebaptisé une unité de l'armée en l'honneur d'insurgés nationalistes qui ont massacré des Polonais pendant la Seconde Guerre mondiale. Varsovie a protesté vigoureusement vendredi. Par Julien Chabrout avec ReutersPublié le 30/05/2026 à 15:14Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a mis en colère la Pologne fin mai 2026.via REUTERSUne décision qui met le feu aux poudres. Le centre spécial d’opérations nord des forces spéciales ukrainiennes a été baptisé cette semaine "Héros de l'UPA", l'Armée insurrectionnelle ukrainienne, en hommage à des insurgés nationalistes qui ont massacré des Polonais pendant la Seconde Guerre mondiale. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a ainsi signé un décret reconnaissant la contribution d'une unité des forces spéciales ukrainiennes à la lutte contre les forces russes. L'UPA, une formation armée active entre 1942 et 1949, liée à l'Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN), visait la création d'un Etat ukrainien indépendant, rappelle Euronews.Le président ukrainien a fait valoir qu'il avait agi ainsi "afin de restaurer les traditions historiques de l'armée nationale et en tenant compte de l'exécution exemplaire des tâches qui lui avaient été confiées lors de la défense de l'intégrité territoriale et de l'indépendance de l'Ukraine". Certains Ukrainiens considèrent l'UPA comme des héros pour la résistance qu'elle a menée contre l'Union soviétique, et comme des symboles de la lutte de Kiev pour son indépendance vis-à-vis de Moscou. L’UPA a donc défié la domination soviétique, notamment en collaborant avec les nazis. Comme le relate Reuters, l'UPA a également été impliquée dans les massacres de Volhynie, une série d'exterminations perpétrées entre 1943 et 1945 au cours desquelles la Pologne affirme qu'environ 100 000 Polonais ont été tués par des nationalistes ukrainiens. Des milliers d'Ukrainiens ont également péri lors de représailles. Aujourd'hui encore, ces massacres et ces crimes, un chapitre douloureux des relations entre les deux pays, sont régulièrement agités par les nationalistes polonais pour justifier le sentiment anti-ukrainien qui ne cesse de monter en Pologne, relate RFI.Des dirigeants polonais offusquésLa décision du président ukrainien a rapidement suscité une vive colère en Pologne. Le ministère des Affaires étrangères Radoslaw Sikorski a estimé vendredi 29 mai que le fait de renommer l'unité ukrainienne d'après l'UPA "blesse la mémoire des victimes de cette organisation et porte atteinte au dialogue entre nos nations"."Indigné", le président Karol Nawrocki a de son côté déclaré avoir accueilli la décision de Volodymyr Zelensky "avec une grande tristesse". "Ce n’est pas ainsi que se construisent les relations entre les nations", a-t-il affirmé vendredi devant des journalistes. Le dirigeant a estimé que "la glorification de l"UPA fournit à la propagande russe un terreau fertile pour la désinformation". "Si nous nous querellons sur le passé, quelqu'un d'autre nous imposera l'avenir (...) Seul Vladimir Poutine tirera profit d'une dispute polono-ukrainienne sur l'histoire", a-t-il mis en garde.Le Premier ministre Donald Tusk, tout en critiquant les deux présidents polonais et ukrainien, a condamné la décision de Volodymyr Zelensky de choisir cette référence historique, qu'il qualifie d'"inquiétante". "J’attends des deux présidents qu'ils parviennent à s'élever au-dessus de cette histoire et qu'ils tentent de construire une coopération polono-ukrainienne, difficile mais nécessaire", a-t-il affirmé. Cet épisode "blesse notre sensibilité historique et ramène inutilement ces processus historiques et leurs interprétations à un niveau assez inquiétant", a jugé le Premier ministre pro-européen.Sur le réseau social X, il a également estimé que "si nous nous brouillons à cause du passé, quelqu'un d'autre gagnera l'avenir. Le président ukrainien devrait enfin le comprendre. Le président polonais aussi. Avant qu'il ne soit trop tard !"Une distinction accordée à Zelensky retirée ?Karol Nawrocki n'entend pas laisser cet épisode sans conséquence. Il a affirmé qu'il souhaitait qu'un organe d’Etat examine la possibilité de retirer à Volodymyr Zelensky la plus haute distinction polonaise. "J’ai proposé que l'un des points à l'ordre du jour soit la révocation de l'Ordre de l'Aigle blanc du président Zelensky', a déclaré le président polonais nationaliste, grand allié de Donald Trump.La Pologne a été un soutien indéfectible de Kiev pendant la guerre menée par la Russie en Ukraine, et l'ancien président Andrzej Duda a décerné à Volodymyr Zelensky l'Ordre de l'Aigle blanc en 2023. Un porte-parole de la présidence ukrainienne a précisé à Reuters que le président ukrainien avait reçu cette distinction en reconnaissance de sa contribution aux relations bilatérales, à la démocratie, à la paix et à la sécurité en Europe et pour sa "constance dans la défense des droits humains inaliénables".De son côté, le porte-parole du ministère ukrainien des Affaires étrangères, Heorhyi Tykhyi, a déclaré aux journalistes qu'il était regrettable que la Pologne ait réagi négativement au choix de nommer l'unité d'après l'UPA. L'Ukraine n'avait aucune intention d'offenser qui que ce soit selon lui. "Notre histoire confirme que seule Moscou tire profit des conflits entre Ukrainiens et Polonais", a-t-il indiqué. Pour les soldats ukrainiens, "la lutte de l'UPA symbolise l'opposition absolue à la politique impériale de Moscou".Les différends historiques entre la Pologne et l'Ukraine affectent régulièrement les relations bilatérales, malgré la coopération accrue face à l'agression russe. Varsovie ne cesse de demander que Kiev reconnaisse la responsabilité des massacres de Volhynie. Ces dernières années, des mesures de réconciliation ont toutefois été prises, notamment des commémorations communes des victimes de ce massacre et la levée, en novembre 2024, par l'Ukraine, de l'interdiction d'exhumer les dépouilles des victimes.
Guerre en Ukraine : cette décision de Volodymyr Zelensky qui provoque la colère de la Pologne
Kiev a rebaptisé une unité de l'armée en l'honneur d'insurgés nationalistes qui ont massacré des Polonais pendant la Seconde Guerre mondiale. Varsovie a protesté vigoureusement vendredi.










