MondeEuropeAsie - PacifiqueAmériquesAfriqueProche et Moyen-OrientEurope. Le 19 juin, Varsovie a retiré une distinction à Volodymyr Zelensky après la polémique sur l’UPA, ravivant les tensions mémorielles avec Kiev autour des massacres de Volhynie.Par Mathis RuelPublié le 20/06/2026 à 17:18Le président polonais Karol Nawrocki (au second plan) a retiré la distinction de l’Ordre de l'Aigle blanc décernée au président ukrainien Volodymyr Zelensky en 2023.REUTERS/Kacper PempelUn différend susceptible d’ébranler une alliance essentielle face à la Russie. En rendant hommage à une unité militaire, l’Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA), le président ukrainien Volodymyr Zelensky a ravivé une blessure historique en Pologne, vieille de 80 ans. En réaction, le président polonais Karol Nawrocki a annoncé, vendredi 19 juin, le retrait de l’Ordre de l'Aigle blanc - équivalent d’une légion d’honneur - décerné en 2023 à son homologue ukrainien pour son rôle dans la résistance à l’invasion russe. Malgré les tensions historiques entre ces deux pays, la Pologne demeure l’un des principaux soutiens militaires de Kiev depuis le début de la guerre en Ukraine.La controverse est née fin mai, lorsque Volodymyr Zelensky a rebaptisé une unité de l’armée ukrainienne "Héros de l’UPA", en hommage à ces combattants qui, entre 1942 et 1949, ont lutté contre l’Union soviétique pour l’indépendance de l’Ukraine. En Ukraine, ils sont souvent présentés comme des figures de la résistance nationale. En Pologne, leur mémoire est tout autre : entre 1943 et 1945, l’UPA est en effet accusée d’avoir massacré environ 100 000 Polonais en Volhynie, dans l’actuelle Ukraine. Ces événements sont aujourd’hui largement considérés par le gouvernement polonais comme un nettoyage ethnique, et demeurent une plaie vive dans la mémoire collective polonaise."Crimes brutaux"Cette mémoire douloureuse continue d’alimenter les tensions entre les deux pays. "Pour l'écrasante majorité de la société polonaise, l'Armée insurrectionnelle ukrainienne demeure avant tout une formation responsable des crimes brutaux commis contre des citoyens de la République de Pologne pendant la Seconde Guerre mondiale", s’est justifié le président polonais dans une allocution publiée sur les réseaux sociaux.S’il a précisé que cette mesure ne visait pas le peuple ukrainien et ne remettait pas en cause l’orientation stratégique de la Pologne, il a rappelé que les Polonais ne doivent pas "trahir les sacrifices de leurs ancêtres par le silence". La sanction fait d'ailleurs marque d'exception : c’est la première fois que la distinction polonaise est définitivement retirée à une personne.Tensions autour des réfugiés ukrainiensLe premier ministre polonais Donald Tusk, tente, de son côté, d’éteindre l’incendie. Il a appelé les deux dirigeants à privilégier le dialogue plutôt que "l'échange de coups", rappelant l’importance du soutien mutuel entre Varsovie et Kiev face à la Russie. D’autant plus que ce différend intervient à quelques jours d’une conférence sur la reconstruction de l'Ukraine, organisée les 25 et 26 juin à Gdansk en Pologne.Au-delà de cet épisode, les différends mémoriels entre les deux pays sont anciens. Depuis l’indépendance de l’Ukraine en 1991, la question des massacres de Volhynie et celle des commémorations continue d’alimenter les tensions diplomatiques. Les exhumations de victimes, reprises en 2025 après plusieurs années d’interruption, en sont un exemple récent. Ces différends mémoriels s’ajoutent désormais aux crispations liées à la présence des réfugiés ukrainiens en Pologne, devenus la cible de certains groupes d’extrême droite. Le pays accueille pourtant près d’un million d’Ukrainiens ayant fui la guerre.