À l’affiche au Théâtre de Paris de “L’Amant”, de Harold Pinter, mis en scène par Thierry Harcourt, la comédienne a sorti début mai son deuxième roman “Jouer L’Amant” directement inspiré de la pièce. Et nous parle de théâtre et de littérature. Sarah Biasini à Paris, le 24 mai 2026. Photo Jean-François Robert pour Télérama Par Fabienne Pascaud Publié le 30 mai 2026 à 10h00 Si le sourire est éclatant, le regard bleu reste intranquille. Derrière la beauté lumineuse se devine l’âme fragile. La comédienne Sarah Biasini, 48 ans, ressemble à sa mère, l’immense actrice de cinéma Romy Schneider (1938-1982). Mais elle, privilégie plutôt le théâtre. Et l’écriture. Sur scène, elle a incarné contemporains et classiques : Minyana et Strindberg, Shakespeare et Pinter. C’est justement ce dernier — dont elle reprend aujourd’hui L’Amant (1962) — qui a inspiré son deuxième livre, Jouer L’Amant. Comme dans le premier, La Beauté du ciel, elle y entrelace avec une troublante sensibilité sa vie et son art. Et on ne sait plus si elle parle d’elle ou de son personnage… Écrire « Mon premier livre s’est imposé lorsque ma fille a eu 4 ans, l’âge que j’avais à la mort de ma mère. Vertige de ce que j’avais pu lui transmettre, moi qui me souvenais trop peu de ma propre mère, et ignorais si je brodais d’après des photos ou des histoires qu’on m’avait racontées. Anna me ramenait aux mystères de mon enfance et à sa quête. Etj’ai pris goût à la liberté dont jouit l’écrivain comparée à la dépendance de l’interprète. Décrire les méandres que traverse une comédienne de théâtre pour atteindre à la vérité d’un rôle, surtout celui d’une séductrice comme l’héroïne de L’Amant, m’a semblé intéressant. Car j’ai toujours refusé ma féminité, persuadée que je ne dépasserai jamais celle de ma mère. À près de 50 ans, il est temps, pourtant, de se mettre aux talons de 8 centimètres et de s’exposer — même si ça ne lui a guère réussi à elle. Alors j’ai pris des notes de mon travail, de mes questionnements de femme pendant que je jouais dans le Off Avignon cet été 2025, et dès septembre j’ai commencé l’écriture. » Harold Pinter « Jouer un personnage dont on partage le prénom, telle la Sarah de L’Amant, est de bon augure. En plus, c’est Jean Rochefort, père de mon partenaire Pierre Rochefort, qui a créé en France le rôle de Richard, mon mari, en 1965, alors dirigé par Claude Régy… J’aime les silences, les non-dits, la profondeur sous la banalité de ce théâtre. Les personnages de Pinter (1930-2008) ne parlent jamais pour ne rien dire, mais laissent place à des mystères parfois terrifiants. Ainsi cet amant que Richard accepte et qui débarque chez le couple, couche avec l’épouse, à peine est-il parti au travail. En étonnant féministe, Pinter montre une Sarah qui va au bout de ses désirs, quand Richard, qu’elle aime, en est incapable. Certes, il a plus de texte qu’elle, mais ça lui laisse du temps pour penser, et elle pense bien. Elle clame son innocence, demande justice. Elle m’a fait gagner en audace. » Le théâtre « Je préfère le théâtre parce qu’on y a le temps de s’améliorer. Les trente premières représentations sont souvent mauvaises, on gagne peu à peu en lâcher-prise. On a un peu moins peur. Je me crois incapable de jouer aussi vite que les acteurs de cinéma. Dans ce métier, on doute de tout, on voudrait refaire ce qu’on a raté, on s’empêche. Au théâtre, la vérité est toujours insaisissable et sa recherche, obsédante. Pourtant, depuis mes arrière-grands-parents maternels, j’appartiens à une lignée d’acteurs, et ai eu envie d’en être parce que j’en entends parler depuis l’enfance. Ne dit-on pas, en plus, qu’on “joue” ? Mais je suis du genre à m’excuser d’exister. Être en pleine lumière est douloureux. J’y travaille. J’aimerais aussi écrire pour le théâtre. La confrontation de deux femmes. » SARAH BIASINI EN QUELQUES DATES1977 Naissance à Gassin, dans le Var2005 Première apparition au théâtre dans Pieds nus dans le parc, de Neil Simon, dirigée par Steve Suissa2020 Joue Mademoiselle Julie, d’August Strindberg, mise en scène par Christophe Lidon, et La Mégère apprivoisée, de William Shakespeare, par Frédérique Lazarini2021 Elle publie son premier roman chez Stock, La Beauté du ciel2025 Elle joue L’Amant, de Harold Pinter, mise en scène Thierry Harcourt au festival Off Avignon Théâtre Livres Le magazine en format numérique Lire le magazine Les plus lus
Sarah Biasini publie “Jouer L’Amant” : “J’ai pris goût à la liberté dont jouit l’écrivain comparée à la dépendance de l’interprète”
À l’affiche au Théâtre de Paris de “L’Amant”, de Harold Pinter, mis en scène par Thierry Harcourt, la comédienne a sorti début mai son deuxième roman “Jouer L’Amant” directement inspiré de la pièce. Et nous parle de théâtre et de littérature.










