Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Tribunes Tribunes Tribunes Tribune Philippe Zaouati Ancien membre du conseil d’administration de WWF Dans une tribune au « Monde », Philippe Zaouati, ancien membre du conseil d’administration de WWF France, regrette l’instrumentalisation de la communauté juive dans le cadre du départ de la présidente du Fonds mondial pour la nature, jeudi 28 mai. Publié aujourd’hui à 13h00 Temps de Lecture 2 min. Article réservé aux abonnés L’affaire qui secoue WWF France a tout d’une crise de management, assez traditionnelle dans le monde associatif. Résumons : Alexandra Palt, présidente de la branche française de la célèbre ONG environnementale, a décidé de participer à un rassemblement contre le racisme organisé le 4 avril par Bally Bagayoko, tout nouvellement élu maire La France insoumise de Saint-Denis [Seine-Saint-Denis]. L’initiative a déplu au conseil d’administration, soucieux de faire respecter la ligne apolitique et neutre de l’association. Face à une procédure de destitution imminente, la présidente prend les devants et démissionne. Jusqu’ici, rien que de très ordinaire. Un conflit de gouvernance classique, une divergence sur les limites de l’engagement personnel d’un dirigeant. Rideau ? Normalement, oui. Puis, par un tour de passe-passe hallucinant, les juifs apparaissent. Ils surgissent d’abord dans un e-mail interne, où un administrateur s’inquiète de la présence de la présidente à une manifestation organisée par un parti « souvent critiqué pour son attitude à l’égard des juifs qui, tu l’imagines, font partie de nos donateurs ». Ils sont ensuite propulsés sous les projecteurs par Alexandra Palt elle-même qui, dans un long post LinkedIn, instrumentalise cet échange pour draper son départ dans les plis de la lutte contre l’antisémitisme. Le spectacle est vertigineux. Dans cette affaire, aucune personne juive n’est impliquée. Aucune institution de la communauté ne s’est manifestée. Aucun donateur de confession juive n’est particulièrement visible. Pourtant, les juifs français se retrouvent malgré eux au centre d’un règlement de comptes interne chez les défenseurs de la biodiversité. Clichés complotistes Cette dérive, qui prêterait à sourire si elle n’était pas toxique, en dit long sur notre époque. Elle montre à quel point le « juif » est devenu une abstraction, une figure de rhétorique, un argument que l’on agite selon les besoins du moment. Pour les uns, ils sont réduits à un groupe de pression financier qu’il convient de ménager pour préserver les caisses. Pour les autres, ils deviennent un bouclier moral idéal pour disqualifier l’adversaire ou s’acheter une vertu à bon compte. Dans les deux cas, on ne parle pas de citoyens, mais de symboles que l’on manipule. Il vous reste 37.58% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.