Publié le 28/05/2026 22:01
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Le "swatting", phénomène venu des États-Unis, inquiète très sérieusement les autorités. Ces canulars dangereux consistent à envoyer les policiers chez d'autres personnes, sous de faux prétextes. Une équipe de France Télévisions a rencontré une mère de famille à Saint-Malo, ciblée à 16 reprises.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder en intégralité.Chaque fois qu'elle aperçoit des policiers en bas de chez elle à Saint-Malo (Ille-et-Vilaine), Audrey Jamet ressent une angoisse l'envahir. "Toujours, parce que je pense qu'ils peuvent monter chez moi. Donc, j'aime pas trop les voir dans la rue", dit-elle. Son calvaire commence en 2023 par un appel sur son téléphone portable. Ce matin-là, elle est sortie faire des courses. Ses enfants sont seuls à l'appartement. "Un appel de la police qui me dit : 'nous sommes avec vos enfants, et on a été appelés parce que vous seriez mortes dans votre salle de bain'. Je leur dis que non. Ils nous disent que quelqu'un voulait nous faire une mauvaise blague. Sauf que la semaine suivante, à 5 heures du matin, mon interphone sonne et ils me disent : 'on est la police nationale. On nous a appelés parce que vous étiez mortes dans votre salle de bain'", poursuit-elle. Ces descentes de police chez elles sont les premières d'une longue série : 16 en deux ans. L'une d'elles a été particulièrement violente, lors d'un dîner en famille. "On entend du bruit d'escalier, ça court, ça monte chez nous. Derrière la porte, c'est la police qui force. Tout mon quartier est bouclé. Nous, on est à pleurer dans la salle à manger. On leur dit : 'on est vivantes, on est vivantes'. Ils pensaient trouver cinq personnes mortes dans l'appartement", raconte Audrey Jamet. La mère de famille est victime d'un fléau venu des États-Unis, le swatting, du nom de l'unité d'élite de la police américaine, le SWAT, l'équivalent du GIGN. L'objectif des imposteurs ? Faire déplacer les forces de l'ordre en masse, sur la base d'accusations fallacieuses. Tueries imaginaires, fausse fuites de gaz... Audrey Jamet multiplie les plaintes en vain. Sa vie tourne au cauchemar. "On ne sort pas, donc il y avait toujours quelqu'un à la maison. Je n'ai pas pu travailler pendant cette période, parce que j'avais peur que quelqu'un rentre chez nous. Donc on vit avec du stress, on ne dort plus. Et on est toujours apeuré dès qu'il y a un bruit dans l'escalier, on pense que c'est des policiers qui montent", dit-elle. Les canulars ont cessé à l'été 2025, mais Audrey ne sort plus sans laisser ce mot derrière elle demandant aux forces de l'ordre d'appeler son numéro et de ne pas casser sa porte. Elle le sait aujourd'hui, c'est son fils, amateur de jeux vidéo en ligne, qui était en fait la cible de ces mauvaises plaisanteries. Car le swatting est une pratique très répandue dans ce milieu. Le but ? Perturber en direct les parties, et diffuser les descentes de police sur les réseaux. Le phénomène a émergé en France il y a une dizaine d'années. De 19 faits constatés par la police en 2015, ils sont passés à 189 en 2024. Sur des images, on aperçoit la BAC de Nancy (Meurthe-et-Moselle), appelée pour une fausse blessure par arme à feu. Les joueurs se réjouissent en direct de leur coup. Le mode opératoire est toujours le même : sur les plateformes de discussion en ligne, un groupe d'individus invente le scénario du pire. L'un d'eux appelle ensuite un commissariat avec un faux numéro et une fausse voix. En 2025, un enquêteur de la section de recherche de Lille (Nord) a réussi à interpeller l'un de ses imposteurs. Dans un enregistrement, il prétend avoir tué sa femme : "trois mois qu'elle me trompait monsieur, trois mois que j'étais aveugle. Vous inquiétez pas là, maintenant c'est bon, tout est réglé. Elle s'est mangé une balle dans la jugulaire, elle est en train d'agoniser par terre."Âgé de 16 ans, l'auteur du piège se revendiquait de la ligue des swatteurs, et n'en était pas à son coup d'essai. "C'est quelqu'un qui était a priori, de ce qu'on a compris, assez isolé, qui restait dans sa chambre, vraiment focalisé sur son ordinateur. Leur objectif, c'est tout simplement de nuire, ou de rigoler, ou d'embêter. C'est une espèce de jeu, en fait. Si vous voulez, il n'y a pas de recherche de contrepartie financière, il n'y a pas de notion de vengeance, en tout cas, pas de ce qu'on a découvert. C'est vraiment un jeu", détaille l'adjudant Viktor J., de la section de recherche de Lille à la gendarmerie des Hauts-de-France. Le jeune homme aurait aussi tenté de faire évacuer l'Élysée et la Tour Eiffel (Paris) avec de fausses alertes à la bombe. En France, le swatting est un délit passible de deux ans de prison et 30 000 euros d'amende.








