Devant la grogne générée par la disparition imminente de l’Association internationale des études québécoises (AIEQ), le gouvernement de Christine Fréchette consent à constituer une nouvelle enveloppe pour faire rayonner les activités de recherche québécoises à l’étranger.Le ministre des Relations internationales, Christopher Skeete, a indiqué au Devoir qu’il comptait consacrer 250 000 $ annuellement pour « que le Québec continue de faire connaître son expertise, ses chercheurs et ses institutions à travers le monde, tout en mettant en valeur la nation québécoise, sa langue, sa culture et ses valeurs ».L’AIEQ, cette organisation visant à « favoriser le rayonnement international du Québec », mais qui est menacée de disparition, ne retrouvera pas pour autant son financement du ministère des Relations internationales et de la Francophonie (MRIF). Les crédits supplémentaires débloqués par le ministre Skeete seront plutôt disséminés dans les délégations étrangères du Québec, qui se chargeront elles-mêmes d’effectuer des activités de « diplomatie scientifique ».« Dans un contexte international en pleine transformation, où notre réseau de représentations à l’étranger s’est considérablement renforcé, nous avons choisi de rapatrier ces sommes afin de permettre à nos délégations de soutenir directement les universitaires et scientifiques québécois dans leurs activités de rayonnement international, en cohérence avec les priorités de la diplomatie d’influence du Québec », a affirmé Christopher Skeete dans une déclaration écrite transmise au Devoir.Les détails de cette nouvelle enveloppe récurrente seront annoncés vers la fin du mois de juin.L’AIEQ au bord du gouffreDepuis dix ans et jusqu’à ce printemps, l’AIEQ a bénéficié annuellement de subventions allant de 135 000 $ à 250 000 $ du MRIF. L’organisme, qui compte quelque 500 membres chercheurs, pouvait utiliser ces fonds pour organiser des tournées d’auteurs et de réalisateurs québécois, donner des livres portant sur le Québec à travers le monde et soutenir des initiatives de francisation à l’étranger, notamment.Or, à la mi-avril, l’organisme a appris que le ministère s’apprêtait à résilier sa convention d’aide financière, laquelle devait prendre fin l’an prochain. Ses locaux de la colline Parlementaire, prêtés par le gouvernement, devront être cédés la semaine prochaine. Au même moment, sa directrice générale, en prêt de service, devra réintégrer ses fonctions dans la fonction publique.Le mois dernier, Christopher Skeete a justifié sa décision en disant qu’il agissait « dans une logique d’efficacité de l’État et de responsabilité envers l’argent des Québécois ». Ses équipes estiment entre autres que l’AIEQ aurait pu faire un meilleur usage des 250 000 $ dont elle disposait en 2024-2025 — une partie du budget ayant servi à payer le salaire d’un nouvel employé « à équivalent temps complet ».Depuis qu’elle est menacée de mettre la clé sous la porte, l’AIEQ a reçu le soutien d’une panoplie de chercheurs, de politiciens et de dignitaires. Il y a un mois, cinq anciens ministres des Relations internationales ont écrit à la première ministre Christine Fréchette pour la prier de reculer.Environ une semaine plus tard, c’était au tour du sociologue et professeur émérite Gérard Bouchard de lancer un cri du cœur : « Le fonctionnement de cet organisme parapublic créé en 1997 est relativement peu coûteux — on parle de 400 000 $ environ. C’est peu si on met cela en rapport avec l’immense profit que le Québec en retire », a-t-il écrit sur les plateformes du Devoir.Mercredi, le député péquiste Pascal Paradis a invité la vice-présidente aux affaires académiques de l’AIEQ, Nathalie Watteyne, et Alain-G. Gagnon, vice-président de l’organisme entre 1997 et 2003, pour tenter de nouveau d’assurer le maintien de ses activités.« L’AIEQ, pour moi, c’est le fer de lance de la diplomatie culturelle et scientifique du Québec », a lancé M. Gagnon. « Quand le gouvernement affirme que la défense des intérêts du Québec est sa priorité, ce n’est pas en coupant les vivres de l’AIEQ qu’il en fait la preuve. »« Nous demandons au ministre Christopher Skeete de revenir sur sa décision mal avisée », a ajouté Pascal Paradis.