Publié le 27/05/2026 22:07

Mis à jour le 27/05/2026 22:07

Temps de lecture : 3min - vidéo : 4min

Les Russes ne sont peut-être pas les seuls à être impliqués dans des tentatives d'ingérence dans les campagnes électorales, en France ou en Allemagne. Le parquet de Paris a ouvert une enquête pour faire la lumière sur une éventuelle ingérence d'une entreprise israélienne qui aurait visé plusieurs candidats insoumis aux dernières municipales. De quoi parle-t-on ? "L'Œil du 20 Heures" a enquêté.

Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.Une femme voilée appelant à voter LFI quelques heures avant le scrutin. Un blog accusant Sébastien Delogu, député insoumis, d'agression sexuelle. Des messages compromettants attribués à David Guiraud, par la suite élu maire La France insoumise de Roubaix. Trois candidats LFI aux élections municipales, cibles de fausses informations propagées sur Internet. Derrière certaines d'entre elles, la piste d'une ingérence étrangère. L'enquête des services français mène en Israël, et dévoile un nouveau mode opératoire pour tenter de manipuler des élections en France.Début mars, à Marseille (Bouches-du-Rhône), alors que le visage de Sébastien Delogu s'affiche sur les murs de la ville, des QR codes font aussi leur apparition. Ils renvoient au blog d'une certaine Sophie, présentée comme victime sexuelle du candidat insoumis. "Il ne demandait pas, il ne négociait pas, il prenait", écrit-elle. De fausses informations, selon les services français, qui alertent aussi David Guiraud à Roubaix. Des captures d'écran attribuées au candidat sont apparues sur Internet, comme l'une d'elles, où il semble commander une quantité de drogue. Une tentative de salir sa réputation, estiment les agents français.Dès le mois de mars, les services sont formels ; des ingérences numériques étrangères sont en cours à Marseille, Toulouse et Roubaix. "Une campagne malveillante", écrivent-ils, "cherchant à altérer l'information des citoyens". Trois candidats identifiés comme des défenseurs de la cause palestinienne. Très vite, les enquêteurs remontent jusqu'à une entreprise spécialisée dans ce genre d'opérations."Donc, une société privée basée en Israël qui est spécialisée dans la vente de prestations, d'opérations de déstabilisations. Ce prestataire a mis en place un réseau de plusieurs noms de domaines et de comptes sur les réseaux sociaux et il a visé en particulier à cibler le parti LFI, ainsi que plusieurs de ses candidats", résume Anne-Sophie Dhiver, cheffe de service adjointe Viginum, à l'Assemblée nationale le 20 mai.Que sait-on de cette entreprise ? Les enquêteurs identifient d'abord une entité nommée Blackcore, "conçue pour l'ère moderne de la guerre de l'information", précise son site internet. Elle se vante de disposer de 1 600 faux comptes sur Facebook, TikTok ou Instagram, pour mener à bien ses opérations de déstabilisation. Comme l'ont révélé nos confrères de Libération et du journal israélien Haaretz, Blackcore utilisait les ressources de deux autres sociétés israéliennes, SNI et Galacticos AI. Nous avons tenté de rencontrer le représentant légal de l'une d'entre elles à son siège social de Tel-Aviv. Sur place, aucune trace de l'entreprise. L'adresse est celle d'un cabinet d'avocats : "Celui que vous cherchez n'est pas là, il est parti en vacances", nous indique-t-on, confirmant qu'il s'agit bien de Galactico. Contacté, l'homme n'a pas donné suite, mais il a publiquement nié avoir été informé de l'opération.Pour un journaliste israélien qui a enquêté sur l'affaire, difficile d'identifier les véritables commanditaires. Le gouvernement israélien pourrait-il être à l'origine de cette campagne ? "C'est très compliqué de répondre à cette question, parce qu'Israël a déjà été pris en flagrant délit de désinformation, mais jamais en période électorale. Et puis, oui, ces entreprises, elles sont remplies de gens qui ont eu une expérience dans l'armée israélienne ou les services de renseignement, mais ça ne signifie pas pour autant qu'ils travaillent pour le gouvernement", précise Omer Benjakob, journaliste israélien pour Haaretz, spécialisé dans la désinformation et la cybersécurité.Même si les autorités françaises estiment que l'opération n'a eu qu'un faible impact sur le scrutin, une enquête judiciaire a bien été ouverte et un rapport des services devrait être publié dans les prochains jours. Rapport très attendu par LFI, qui espère s'en servir pour faire annuler l'élection à Toulouse.