Evènement "exceptionnel, inédit, historique" pour les uns, "ovni climatique" pour les autres. Les scientifiques ne manquent pas de superlatifs pour qualifier l'épisode de chaleur qui traverse la France depuis quelques jours. Mercredi 27 mai, treize départements sont en vigilance orange canicule et des pics de chaleur sont annoncés à 38-39°C, d'après Météo-France. Une situation inédite pour un mois de mai. Mais à quel point est-elle hors norme ?

Pour le mesurer, franceinfo a comparé les températures observées par Météo-France dans 30 stations de l'Hexagone et de la Corse, avec les normales journalières de la fin du XXe siècle, entre 1971 et 2000. A cette époque, les effets du changement climatique, pouvaient encore être en partie "masqués". Prendre cette période comme référence plutôt que celle de 1991 à 2020 qui est utilisée pour qualifier les normales actuelles permet donc de mieux mesurer l'ampleur de l'impact du réchauffement provoqué par les activités humaines.Il en ressort des écarts extrêmement élevés, avec des températures plus chaudes de plus de 10°C par rapport à la fin du siècle dernier, dans la plupart des territoires, à l'exception du sud-est de l'Hexagone. Le nord-ouest de la France est le territoire où les différentiels sont les plus remarquables.C'est à Brest (Finistère) que l'écart le plus important a été mesuré, mardi 26 mai, avec une température maximale de 33,5°C, soit 17°C de plus que la moyenne des maximales relevées à cette période entre 1971 et 2000. Parmi les autres écarts notables figurent également Nantes (Loire-Atlantique) avec +15,9°C le 25 mai, Poitiers (Vienne) avec +15°C le 26 mai ou encore Caen (Calvados) avec +15,2°C le 26 mai. Des maximales plus chaudes de plus de 14°C par rapport aux normales de la fin du siècle dernier ont également été relevées à Rennes (Ille-et-Vilaine) et au Mans (Sarthe). Au cours de la semaine, de telles anomalies sont aussi attendues dans d'autres territoires, notamment à Paris (+14,8°C annoncés pour le 28 mai) et à Perpignan (+15,1°C prévus le 28 mai), d'après les dernières prévisions de Météo-France.Mais il n'y a pas que les journées qui sont extraordinairement chaudes. Les nuits sont elles aussi plombées par une chaleur anormalement élevée. Depuis quelques jours, les minimales qui correspondent aux températures relevées au plus bas de la nuit sont elles aussi très largement au-dessus des moyennes mesurées entre 1971 et 2000, comme le montre la carte ci-dessous.Plusieurs stations météo connaissent actuellement des nuits tropicales, pendant lesquelles les températures ne descendent pas en dessous de 20°C. Cela a notamment été le cas à Nantes (21,9°C), Rennes (20,5°C) et Le Mans (20°C) dans la nuit du lundi 25 au mardi 26 mai. Ces minimales, inédites pour un mois de mai, sont plus de 10°C au-dessus des normales de la fin du XXe siècle. D'autres territoires pourraient également connaître des nuits anormalement chaudes dans les prochains jours. Mercredi après-midi, les prévisions de Météo-France annonçaient des nuits tropicales entre mercredi et jeudi à Bordeaux et à Cognac.Dans son dernier point de situation, Météo France rappelle que d'autres épisodes anormalement chauds avaient déjà été observés par le passé : en mai 1947, 1953, 1992, 2005, 2017 et 2022. Mais tous étaient "sans commune mesure" avec l'épisode actuel, relève l'institut de prévisions. "Avec le changement climatique, on s'attend à observer de tels épisodes de chaleur de plus en plus fréquemment", prévient Météo-France, en précisant que ces évènements devraient être "de plus en plus précoces et de plus en plus intenses".Depuis le XIXe siècle, la température moyenne de la Terre s'est réchauffée de 1,3°C. Les scientifiques ont établi avec certitude que cette hausse est due aux activités humaines, consommatrices d'énergies fossiles (charbon, pétrole et gaz). Ce réchauffement, inédit par sa rapidité, menace l'avenir de nos sociétés et la biodiversité. Mais des solutions – énergies renouvelables, sobriété, diminution de la consommation de viande – existent. Découvrez nos réponses à vos questions sur la crise climatique.