Longtemps cantonnée à cinq sens classiques, la perception humaine cache en réalité un arsenal sensoriel bien plus vaste. De neuf à plus de trente, selon les définitions scientifiques !Tout le monde connaît la liste originelle : la vue, le toucher, le goût, l’ouïe et l’odorat. Cette certitude apprise sur les bancs d’école ne rend pourtant pas tout à fait justice à la complexité de nos sens. Des neurosciences aux travaux des physiologistes, la science montre depuis longtemps que nous percevons le monde bien au-delà de nos cinq sens. Alors combien de sens comptons-nous vraiment ?L’idée que nous avons seulement cinq sens remonte à Aristote, qui les a classés ainsi au IVe siècle avant notre ère. Le philosophe grec distinguait les sens « externes », qui permettent d’appréhender l’environnement, et les sens « internes », que l’on oublie souvent. Mais le cerveau humain ne fonctionne pas en silos étanches, et chaque modalité sensorielle interagit avec les autres. Les sens oubliés que la science cite le plus souvent, et que notre corps utilise au quotidien, sont au nombre de quatre.De cinq à neuf sensLa proprioception d’abord. Fermez les yeux, levez la main droite. Vous savez où se trouve cette main, sans avoir besoin de la voir. C’est la capacité à percevoir la position de ses membres dans l’espace, à chaque instant, sans effort conscient.Ensuite la nociception, ou le sens de la douleur. C’est un système sensoriel à part entière, avec ses récepteurs et ses voies nerveuses. Quand vous vous brûlez, ce n’est pas le toucher qui vous fait réagir, c’est la nociception. Contrairement à la nociception, la thermoception, elle, ne signale pas la douleur mais le ressenti thermique. Chaud, froid ou tiède, ces informations sont captées par des récepteurs cutanés distincts de ceux du toucher.Enfin l’équilibrioception. Ce sens loge dans votre oreille interne. Des petits canaux semi-circulaires remplis de liquide détectent les mouvements de la tête et du corps. C’est grâce à lui que vous marchez sans tomber, que vous vous levez sans basculer, et que vous pouvez tenir debout dans un train ou un métro, tout en utilisant votre téléphone. Nous voilà à neuf sens… Mais certains en identifient encore plus.De neuf à trente-trois sensLe psychologue et spécialiste de la perception multisensorielle à l’université d’Oxford Charles Spence va encore plus loin. Pour lui, le toucher mérite d’être découpé en plusieurs sens distincts : la pression, la vibration, la démangeaison… Ces sensations activent des récepteurs différents et des voies nerveuses séparées. Selon ces critères, la liste s’allonge encore plus, jusqu’à 22 voire 33 sens !Si d’autres scientifiques tempèrent ce calcul qui peut paraître extravagant, il n’existe pas de consensus absolu sur le nombre exact de sens. En revanche, connaître les subtilités entre chaque sens, cela permet de mieux comprendre le corps. En rééducation neurologique, le fait de travailler la proprioception après un AVC peut faire la différence pour retrouver son autonomie. En réalité virtuelle, la reproduction fidèle de l’équilibrioception reste l’un des défis techniques majeurs, et c’est souvent son absence qui provoque le « motion sickness », ce décalage entre ce que les yeux voient et ce que le corps ressent qui donne la nausée. La prochaine fois que vous vous tiendrez debout dans un métro bondé, téléphone en main, sans tomber, pensez-y : ce sont au minimum neuf sens au travail.