Du Danois Otto von Spreckelsen qui a imaginé la Grande Arche à un Mitterrand plus vrai que nature, le cinéaste a su s’entourer d’une équipe de choc pour incarner avec finesse les protagonistes de cette aventure architecturale des années 1980. Le réalisateur Stéphane Demoustier raconte son travail avec les acteurs Photo Ulrich Lebeuf/MYOP Par Samuel Douhaire Publié le 26 mai 2026 à 19h00 Après Borgo, reconstitution d’un fait divers criminel en Corse qui impliquait une gardienne de prison, Stéphane Demoustier s’est à nouveau inspiré de faits réels pour son cinquième long métrage. L’Inconnu de la Grande Arche est le récit passionnant du chantier pharaonique (et mouvementé) de la Grande Arche de la Défense, entre 1982 et 1987, autant que le portrait empathique de son créateur : l’architecte Otto von Spreckelsen (1929-1987), bâtisseur victime de son idéalisme et des chausse-trapes du pouvoir dans la France des années Mitterrand. Un film qui doit autant à la reconstitution bluffante de l’époque qu’à l’excellence de son casting. Revue admirative d’effectifs par le réalisateur. À lire aussi : Stéphane Demoustier, le réalisateur de “L’Inconnu de la Grande Arche”, raconte le casse-tête du tournage Michel Fau, alias François Mitterrand « J’avais adoré travailler avec Michel Fau sur Borgo [dans le rôle d’un commissaire de police matois, ndlr] et j’ai pensé à lui dès l’écriture du scénario. Je pensais que ça l’amuserait, qu’il ne serait pas tétanisé à la perspective de jouer une figure historique aussi importante, et ne serait pas dans la performance. Ni lui ni moi ne voulions d’une parodie ou une imitation de Mitterrand, il fallait évoquer le président de la République dans son aura, sa distance, dans la lignée de l’incarnation de Michel Bouquet dans Le Promeneur du Champ-de-Mars, de Robert Guédiguian. Michel Fau a une malice, une intelligence, une profondeur telles que ça pouvait rencontrer un homme d’État de l’envergure de Mitterrand. Je le trouve très probant alors qu’il ne lui ressemble pas du tout. » Michel Fau campe un François Mitterrand à l’onctuosité malicieuse. Agat Films/Le Pacte Claes Bang, alias Otto von Spreckelsen « Les autres personnages du film sont beaucoup moins célèbres, voire anonymes, mais je n’ai pas plus recherché la ressemblance que pour Mitterrand : j’ai privilégié des énergies qui contrastent, qui se complètent. Je voulais un Danois pour incarner le Danois Otto von Spreckelsen — et, de toute façon, c’était une obligation, car le film est une coproduction danoise. Mon intuition initiale était d’engager un inconnu car, comme on le voit dans la première scène, personne ne connaissait cet architecte. Mais le distributeur avait besoin d’un nom pour “vendre” ce film à 6,5 millions d’euros de budget. J’ai donc envoyé le scénario aux deux superstars locales [Mads Mikkelsen et Viggo Mortensen] : l’un ne l’a pas lu parce qu’il n’était pas disponible avant avril 2027, l’autre l’a lu mais a décliné. Dès lors, Claes Bang était le parfait compromis. Je n’avais pas pensé à lui parce que, après l’avoir vu dans The Square, de Ruben Östlund, j’étais persuadé qu’il était suédois ! J’ai découvert un homme gigantesque, ce qui était une aubaine pour le film : l’architecte a du mal à rencontrer ses interlocuteurs, et Claes porte ça physiquement, il est déjà en décalage par sa taille. Claes ne parlait pas un mot de français, et je redoutais un jeu en phonétique où on voit bien dans le regard que l’acteur ne compend pas forcément ce qu’il dit. Mais il a travaillé non-stop avec un coach qu’il sollicitait en permanence. Il avait bien compris la logique du français, et pouvait donc réagir à la parole de ses interlocuteurs. Il ne s’est jamais trompé : au montage, jamais la question de la langue n’a été un sujet. » Claes Bang et Sidse Babett Knudsen incarnent le couple danois pris dans la folie des jeux de pouvoir français. Agat Films - Le Pacte / Agat Films/Le Pacte Sidse Babett Knudsen, alias Liv von Spreckelsen « Tous les témoins du chantier de la Grande Arche m’ont assuré que Spreckelsen était toujours accompagné de sa femme : elle ne parlait jamais mais était présente à la moindre réunion de travail. Elle a 98 ans désormais, et ne s’est jamais exprimée sur cette histoire… Il fallait que Liv prenne sa place dans l’intimité de l’architecte sans être dans une position de subalterne. Elle a peu de scènes dans le film mais devait “imprimer” immédiatement afin que l’on perçoive sa relation d’égale à égale avec son mari. Pour l’interpréter, je ne songeais qu’à Sidse Babett Knudsen (Borgen), d’autant que je ne connais pas d’autre actrice danoise [rires]. Je savais que Sidse parlait français, et j’ai découvert qu’elle a vraiment du caractère ! » Xavier Dolan, alias le haut fonctionnaire Jean-Louis Subileau « Xavier Dolan est tourbillonnant, ce qui, par contraste, donne de belles choses à côté d’un Claes Bang granitique, immobile… Je pense que les très grands acteurs sont très techniques sans perdre pour autant l’instinct. L’acteur “technicien” vous assurera toujours un niveau qui est excellent mais le “non-technicien” pourra atteindre des sommets ahurissants — voyez Hafsia Herzi qui, avec sa vérité, est éblouissante dans Borgo… Xavier Dolan, comme elle, n’est pas “technique” à proprement parler, mais j’aime son appétit pour le jeu, sa gourmandise pour la langue française. Sur le plateau, il adore faire des propositions très marquées, et j’aime cette envie d’y aller sans avoir peur d’en faire trop ou de trébucher. Il veut s’amuser, et en le voyant, j’ai envie de m’amuser dans ma mise en scène parce que j’ai un mec réceptif en face de moi. » Xavier Dolan en haut fonctionnaire roublard et Swann Arlaud, intense en Paul Andreu, architecte pragmatique. Agat Films - Le Pacte / Agat Films - Le Pacte Swann Arlaud, alias l’architecte Paul Andreu « Paul Andreu est le concepteur du terminal 1 de l’aéroport de Roissy, choisi par Otto von Spreckelsen pour le seconder comme maître d’œuvre pour la construction de la Grande Arche. Swann Arlaud a une intensité qui vaut celle de Claes Bang, mais dans un registre plus nerveux — Andreu ne savait pas s’effacer. Swann est un acteur hyper précis, très technique, mais il n’est pas que ça. Il a improvisé la scène où Andreu crie sur ses collaborateurs lors d’une réunion parce que des figurants faisaient vraiment du bruit sur le plateau. J’ai gardé cette prise parce que j’avais un acteur qui était réellement dans l’instant. » L’Inconnu de la Grande Arche, mardi 26 mai, 21h10, sur Canal+ Lire notre chronique “L’Inconnu de la Grande Arche”, de Stéphane Demoustier : un étonnant suspense architectural et existentiel sous Mitterrand Cinéma Télévision Canal+ Politique Architecture Le magazine en format numérique Lire le magazine Les plus lus
Le casting cinq étoiles de “L’Inconnu de la Grande Arche”, raconté par son réalisateur Stéphane Demoustier
Du Danois Otto von Spreckelsen qui a imaginé la Grande Arche à un Mitterrand plus vrai que nature, le cinéaste a su s’entourer d’une équipe de choc pour incarner avec finesse les protagonistes de cette aventure architecturale des années 1980.










