Sur le bord du court, en l’observant combattre pendant plus de quatre heures face à Terence Atmane et son armée de supporters français sur les courts de Roland-Garros, difficile de s’imaginer que ce gars-là galérait depuis de longs mois. Thanasi Kokkinakis a pourtant souffert le martyre. En près de deux ans, l’Australien, redescendu à la 855e place mondiale, n’a disputé que sept matchs, déclarant forfait à trois reprises pour des multiples blessures à l’épaule, au pectoral droit et au bras. Un cauchemar inouï.Cette victoire a la sensation d’une résurrection. Revenu à la compétition à Adélaïde en janvier, avec une belle victoire contre Sebastian Korda, il n’avait pu jouer le 2e tour. Il a finalement repris au début du mois de mai, au Challenger de Zagreb, déclarant à nouveau forfait après son 3e tour. Rien n’indiquait donc qu’il soit à 100 % à la Porte d’Auteuil. « Je n’étais pas sûr de jouer jusqu’à il y a quelques jours. D’ailleurs, j’avais demandé à certaines connaissances de ne pas se rendre à Roland‑Garros, car je n’étais absolument pas sûr de l’issue du match », a-t-il confié.« J’ai littéralement coupé la moitié de mon pectoral »Logiquement aux anges, Thanasi Kokkinakis en a profité pour revenir sur ses longs mois éloignés des terrains, révélant avoir reçu une étonnante greffe. « J’ai littéralement coupé la moitié de mon pectoral et j’ai aujourd’hui le tendon d’Achille d’une personne décédée dans mon bras pour rattacher mon pectoral à mon épaule, a-t-il raconté. Beaucoup de chirurgiens ne voulaient pas opérer, ils disaient que c’était trop risqué, que ça n’avait jamais été fait au tennis. »« Rien de cela n’est normal, et c’est vrai que je n’ai pas pu parler à qui que ce soit qui aurait subi la même intervention que la mienne, a-t-il poursuivi. En janvier de l’année dernière, avant l’intervention, j’ai parlé au médecin de Rafa (Nadal), qui me disait qu’il n’avait jamais vu une telle opération chirurgicale. C’est un peu comme une blessure de bodybuilder, ce que j’ai eu. »À voir aussiMalgré la réussite de l’opération, la convalescence a été longue et douloureuse. Surtout quand cela concerne un muscle fortement sollicité au tennis. « Ce qui est difficile, c’est qu’il faut énormément manier la raquette, et pour remporter un tournoi, il faut gagner 5 à 7 matchs, donc c’est une guerre absolue, souligne Thanasi Kokkinakis. Ce n’est pas normal, mais j’essaye d’apprendre cette nouvelle normalité, et ce que je devrais ressentir. S’il y a certains signaux d’alarme qui commencent à s’activer et à s’allumer, il faudra que j’y fasse extrêmement attention, que je sois vigilant. »Une attention permanente difficile à vivre. « C’est vraiment la première chose à laquelle je réfléchis le matin quand je me lève, ça me consume, souffle l’Australien. C’est très difficile parce que parfois, pendant un match, au final, ce n’est pas tant l’adversaire qui va me préoccuper que ma capacité à tenir le match dans son intégralité. C’est très curieux d’entrer dans un match et de se dire que l’adversaire, au final, c’est au second plan ! »