Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Éducation Éducation Éducation Tribune Collectif Dans une tribune au « Monde », un collectif d’enseignants plaide avant tout pour une véritable réflexion sur leur métier et sur la façon dont l’institution les traite. Ils espèrent également une prise de distance avec l’émotion suscitée par l’assassinat de leur collègue, en octobre 2020. Publié aujourd’hui à 06h00 Temps de Lecture 3 min. Article réservé aux abonnés Nous, enseignants d’histoire, de géographie et d’EMC [enseignement moral et civique], avons été particulièrement affectés par l’atroce assassinat de notre collègue Samuel Paty. Tout comme nous l’avons été quand Dominique Bernard, mais aussi Agnès Lassalle et Mélanie Grapinet ont été tués : nous pleurons avec les mêmes larmes ces collègues disparus, quels que soient les motifs de leurs assassins, et ce, même si la mort de Samuel Paty, particulièrement brutale, tend parfois à faire oublier les autres. Depuis ce terrible assassinat, nous gardons pudiquement le silence. Celui du deuil, celui de la temporalité d’une mort brutale à laquelle il ne nous semble pas simple d’assigner le moindre sens. Parce qu’elle nous a suspendus dans l’effroi, la tristesse et la colère, la violence de l’événement ne nous a pas paru propice à la réflexion, encore moins à l’action. Certains collègues ont fait d’autres choix. De concert avec le ministère de l’éducation nationale, ils ont très rapidement mis en place ou participé à des dispositifs de commémoration et se sont exprimés publiquement sur le sujet, pouvant laisser penser qu’ils se faisaient l’écho d’un très large consensus. C’est notamment le cas de l’Association des professeurs d’histoire et de géographie. Aujourd’hui, il nous paraît pourtant important d’exprimer nos réserves, même si l’exercice est délicat. Disons-le clairement pour commencer : nous n’avons strictement rien à reprocher à notre collègue Samuel Paty, ni le choix de son cours, encore moins celui de sa pédagogie, rien, absolument rien. Nous ne voyons dans son assassinat qu’un acte de criminalité pure. Oui, le terrorisme islamiste tue, et il ne s’arrête pas aux portes des écoles. Oui, comme d’autres, les enseignants – parce qu’ils portent et transmettent des valeurs contraires à l’idéologie de ces criminels – sont désormais aussi des cibles potentielles. Cela ne fait pas de nous des gens exceptionnellement courageux, et cela ne confère aucune gloire à notre métier. C’est une triste réalité conjoncturelle qui nous dépasse largement et nous oblige à une certaine humilité même si l’école a sa partie à jouer dans la lutte contre l’obscurantisme. C’est pourquoi nous éprouvons un certain malaise à l’égard de l’héroïsation de Samuel Paty, désormais à l’origine d’une demande de panthéonisation. Il vous reste 58.62% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.