Il est 1 heure du matin et Gaël Monfils prend place pour la dernière fois sur l’estrade de la grande salle de conférence de presse de Roland-Garros. Le Parisien, qui aura 40 ans en septembre, vient de tirer sa révérence sur la terre battue de la capitale face à son compatriote Hugo Gaston au terme d’un match au scénario baroque, à l’image du personnage (6-2, 6-3, 3-6, 2-6, 6-0).Quels sont vos sentiments après ce dernier match à Roland-Garros ?GAËL MONFILS. C’est vraiment étrange. J’ai essayé de bloquer mes émotions, c’est très difficile au fond de moi. Ce sont des émotions mélangées entre le bonheur et la tristesse. Il y a beaucoup d’émotions qui sont difficiles à décrire, je n’ai pas envie de creuser trop profond en moi.Qu’est-ce qui vous a permis de revenir de deux sets à rien ?À voir aussiQuand je suis entré sur le court, c’était une nouvelle expérience. Ce n’était pas un match normal, je sentais mon corps totalement différemment. Hugo jouait très bien, je devais reprendre le contrôle sur mon esprit, mon corps, essayer de me reconnecter avec moi-même et j’ai commencé à mieux jouer, à mieux taper, à prendre plus mon temps pour le pousser dans un match plus difficile.À quel point est-ce que ça va être difficile d’arrêter ?Je l’ai déjà accepté. Quand j’ai annoncé que j’allais arrêter, je l’avais déjà accepté. Ça va être difficile ce soir parce qu’il y a beaucoup d’émotions et de préparation. Je n’ai pas beaucoup joué avant ce tournoi, j’ai beaucoup misé là-dessus. Mais j’aurai beaucoup de soutien à la maison avec Elina (Svitolina, son épouse), avec ma famille, ma fille. Cela ira mieux rapidement.« Même dans mes rêves les plus fous, je n’imaginais pas ça »C’était votre 17e match en cinq sets à Roland-Garros. Quel est votre favori ?(Longue hésitation) Il y en a tellement… C’est dur de décider parce qu’il y a eu des scénarios différents. Même avec une défaite, il y a eu des matchs dingues. Contre Cuevas, Ferrer, Fabio (Fognini), Baez… J’ai eu un back-to-back (deux matchs d’affilée en 2006) avec Dick Norman et James Blake, c’était incroyable. J’en ai deux contre Andy Murray aussi et je les adore, c’est difficile de choisir.Qu’est-ce qui était le plus difficile dans votre tête ?Toute la préparation, d’un coup, c’était différent. Tu te sens bien mais tu te sens mal. C’est hyper dur de l’expliquer parce que je suis rentré et j’étais moins bien que je ne l’étais cinq minutes avant. C’est comme si tu as envie de trop bien faire et que ça te met dans une position assez délicate. Pas vraiment la tête mais plutôt le ressenti de mon corps, de mes mouvements, c’est ce qui me dérangeait le plus.Est-ce que c’était le moment et le Roland-Garros que vous imaginiez ?Même dans mes rêves les plus fous, je n’imaginais pas ça. C’est exceptionnel, une chance de malade. On imagine sans vraiment imaginer mais ce que j’ai reçu, entre jeudi (pour la soirée Gaël & Friends) et ce soir, c’est gravé à jamais, une chance inouïe.Hugo Gaston vous a rendu hommage sur le court. Qu’en avez-vous pensé ?Je sais qu’Hugo m’aime beaucoup, on rigole énormément. Il est arrivé sur le circuit avec une belle énergie et une belle personnalité. On s’est beaucoup entraîné ensemble ces derniers temps et c’était sans doute difficile pour lui de me « finir » comme ça. Et perdre contre quelqu’un que tu apprécies, c’est cool aussi en vrai. J’espère qu’il pourra récupérer à fond pour continuer à bien jouer.« Les gens retiendront ce qu’ils veulent »Comment va se passer la fin de carrière ?J’ai un souhait : jouer jusqu’à 40 ans. Malheureusement, je suis né en septembre. Je veux vraiment être un des athlètes qui jouent jusqu’à 40 ans. Donc jusqu’en septembre, je suis concentré, puis on verra bien. Comme Stan (Wawrinka), comme Lebron (James), comme Cristiano (Ronaldo), comme Ibra (Zlatan Ibrahimovic). J’ai envie de le faire, je vais m’entraîner à fond cet été. La terre battue, ça fait 3-4 ans que je peine beaucoup, pour avoir des points gratuits c’est difficile. Un bon dur américain, ça va m’aider.Quels tournois allez-vous encore jouer ?C’est une excellente question. Nicolas (Lamperin), mon agent, veut que je joue beaucoup de tournois. Évidemment, on a demandé une wild-card pour Wimbledon et on attend de voir. Il y a beaucoup de candidats et certains le méritent plus que moi donc on verra. Mais j’espère Wimbledon. Après, on décidera si on va à Washington ou pas, ils conservent une invitation pour moi. (Rire) On verra si je pars en vacances avec Elina aussi. J’ai envie d’aller dire au revoir à Montréal, puis je rentrerai en Europe pour assister à la première rentrée de ma fille. Je vais demander l’invitation de la France pour l’US Open. En Asie, c’est un peu flou, puis je vais jouer Lyon, peut-être Vienne et enfin Paris.Qu’est-ce que comprend votre fille Skaï à tout ça ?Elle ne comprend pas grand-chose et c’est beau (rire). Hier soir, je lui disais : papa doit jouer un match et s’il finit, il rentre à la maison. Et je lui disais : tu veux que je rentre à la maison demain ? (rire) Et elle voulait. On la protège beaucoup pour ça. Elle sait qu’on joue au tennis, si tu lui demandes, elle dit qu’on est des joueurs de tennis. Elle n’est pas vraiment dans ça, elle ne se demande pas ce que c’est une balle de break. Mais c’est beau, et c’est bien qu’elle reste comme ça. Je n’avais pas vu la lettre d’Elina qui est magnifique mais je lui ai dit qu’on l’imprimerait et qu’on lui fera lire à 10-11 ans pour qu’elle prenne conscience de ce que son père et sa mère ont réalisé.Que voudriez-vous qu’on retienne de vous ?Sincèrement, je ne sais pas. C’est super subjectif, les gens retiendront ce qu’ils veulent. J’ai été moi du début à la fin, je n’ai pas eu forcément quelque chose de particulier. Mais quelque chose de joyeux et chaleureux.
« Des émotions mélangées entre le bonheur et la tristesse » : les derniers mots de Gaël Monfils à Roland-Garros
Lundi soir, l’ancien n°6 mondial a baissé le rideau du théâtre de ses rêves. Il lui reste encore quelques mois sur le circuit avant la retra















