Voilà, c’est fini… À 23h54, dans la chaleur nocturne d’un printemps de canicule, Gaël Monfils, 40 ans en septembre, a dit adieu au tournoi de Roland-Garros. Le Parisien, censé prendre sa retraite à l’automne à La Défense si ses jambes le portent jusque-là, est tombé dès le premier tour de son Grand Chelem fétiche face à son compatriote Hugo Gaston (6-2, 6-3, 3-6, 2-6, 6-0 en 3h22). Un match encore totalement baroque où la Monf est revenu de nulle part avant de totalement craquer sur la fin…Mais l’essentiel était ailleurs. Voir une ultime fois le showman sur sa scène et à son horaire préféré (sa 6e night session d’affilée à Paris). D’ailleurs, ils étaient tous là. Ses parents, son épouse Elina Svitolina, des proches et le trio de ses anciens compères (Richard Gasquet et Gilles Simon au premier rang de la tribune présidentielle et Jo-Wilfried Tsonga sur la terrasse de Prime Video). Même la promotion de la Star Academy… Prêts à s’enflammer, s’époumoner, lui rendre hommage et surtout lui dire merci à l’unisson des 15000 spectateurs.L’ancien n° 6 mondial n’a plus beaucoup d’essence dans le moteur. Mais il leur a offert quelques morceaux de bravoure dans une rencontre sans trop de suspense qui a presque parfois pris des allures d’exhibition. Mais qui a basculé dans une magnifique ambiance à partir du 3e set.Qu’importe cette issue en eau de boudin qui lui laissera sans doute quelques regrets, Monfils quitte la Porte d’Auteuil en paix avec lui-même, après 19 participations et 58 matchs (dont seize en cinq sets) qui auront pour beaucoup marqué l’histoire du tournoi. Des victoires inoubliables (comme David Ferrer, 8-6 au 5e set en 8e de finale 2011) ou des défaites improbables (comme contre Fabio Fognini 9-7 au 5e set sur deux jours au 2e tour 2010).À voir aussiEt un plafond de verre suisse nommé Roger Federer, qui aura douché quatre fois ses ambitions (une demie, deux quarts et un 8e) de soulever la Coupe des Mousquetaires.« Tout ce que m’a donné Roland-Garros, c’est tout ce dont j’aurais toujours pu rêver, tout ce pour quoi j’ai travaillé, tout ce que je souhaitais, glissait-il avant d’entrer sur le court Central. Je me sens vraiment extrêmement chanceux de me trouver là où je suis aujourd’hui. »Comme un joli clin d’œil, La Monf a pris congé quelques heures après son grand ami Stan Wawrinka, 41 ans. En l’espace de quelques heures, Roland-Garros a donc perdu deux légendes. Deux potes aussi, qui laisseront chacun une trace différente.Celle d’un homme à la force de travail surhumaine, capable de déplacer des montagnes suisses pour arracher trois Majeurs distincts (dont Roland-Garros 2015) en plein cœur de l’âge d’or du trio Federer, Nadal et Djokovic.Et celle d’un éternel showman au palmarès certes moins étoffé mais prompt à faire lever les foules du monde entier et adoré par toutes les générations dans le vestiaire.« On s’est toujours bien entendus, sourit le Lausannois. Une amitié, on n’a pas besoin de l’expliquer. Gaël est une personne exceptionnelle, une personne comme moi, honnête. On n’a pas besoin de jouer un rôle, on s’entend super bien ; on est super heureux l’un pour l’autre quand il gagnait, même quand on se jouait. On n’a jamais eu de rivalité. Des deux côtés, on était très heureux quand l’autre gagnait, tout simplement. »