Secret-défenseSecret-défense. Quatre ans après, l'ancien ministre de la Défense ukrainien Oleksiy Reznikov raconte comment Kiev avait été alertée en amont de l'invasion russe. Une guerre à laquelle presque personne n'a voulu croire - jusqu'aux derniers instants. Publié le 26/05/2026 à 05:45bookmarkOleksiy Resnikov, ministre ukrainien de la Défense, lors d’une conférence sur la guerre en Ukraine à la base aérienne de Ramstein aux États-Unis le 26 avril 2022.Boris Roessler/dpa/picture-alliance/Newscom/MaxPPPC'est un grand raout auquel se presse la crème des industriels de la défense, des politiques et des militaires. Pendant trois jours, à Prague, le Globsec a réuni plusieurs centaines de participants autour des enjeux de la guerre d'aujourd'hui et de demain. Au détour d'une conférence, Oleksiy Reznikov a raconté à L'Express les semaines qui ont précédé et suivi l'invasion russe en Ukraine. Pendant des mois, peu ont voulu croire à l'imminence de la catastrophe - jusqu'à ce qu'elle se produise. Aujourd'hui, l'ancien ministre presse les Européens de se préparer à une menace qui les concerne au premier chef. Il livre aussi un constat sombre : dans un monde où les conflits régionaux ont des répercussions globales, la troisième guerre mondiale a probablement déjà commencé. L'Express : La CIA a correctement évalué les intentions du Kremlin. Comment les Etats-Unis vous ont-ils prévenus de l'imminence d'une invasion ? Oleksiy Reznikov : J'ai été nommé ministre de la Défense trois mois avant l'offensive, en novembre 2021. Le moment était particulièrement intéressant car nous avions différents types d'information. Certaines étaient contradictoires. Certains partenaires, en premier lieu à Washington, à Londres, ont essayé de nous convaincre d'une attaque imminente de la Russie. Au même moment, les autres capitales européennes nous assuraient qu'il ne s'agissait que de menaces. Nous étions, selon eux, en train de revivre le scénario du printemps 2021. A ce moment-là, la Russie avait accumulé énormément de troupes en Crimée ainsi qu'à l'Est de la frontière ukrainienne, entre Lugansk et Donetsk - environ 140 000 hommes. La menace était tangible, mais plusieurs contacts entre Vladimir Poutine et Joe Biden avaient permis de calmer les choses : un premier coup de fil à l'arrivée du nouveau président américain, suivi d'un ou deux appels supplémentaires, et une rencontre à Genève, en Suisse. Entre l'automne 2021 et le début de l'hiver 2022, le scénario a semblé se répéter, avec des exercices militaires près de la frontière séparant l'Ukraine de la Biélorussie. On évoquait une nouvelle fois plus de 100 000 hommes.