Face au risque d’une paralysie du détroit d’Ormuz, Washington et Téhéran négocient. Mais derrière le triomphalisme de Donald Trump, la presse américaine décrit une trêve fragile et suspendue au pétrole.Le pétrole est-il en train de sauver la paix ? Alors que le détroit d’Ormuz, artère vitale du commerce mondial, menace de se refermer, Washington et Téhéran semblent prêts à tout pour éviter le chaos ce dimanche 24 mai. Même à s’entendre. Même temporairement. Seulement voilà, la presse américaine y voit surtout une trêve fragile, suspendue aux marchés énergétiques et aux rapports de force militaires. De quoi douter de sa pérennité.Selon le Washington Post, l’administration Trump estime être entrée dans la « phase finale » de négociations destinées à prolonger la trêve conclue après plusieurs semaines d’affrontements indirects et de frappes américaines contre des cibles iraniennes. Donald Trump a lui-même annoncé sur Truth Social qu’« un accord a été largement négocié », tout en précisant que les « derniers aspects et détails » restaient en discussion.La presse américaine souligne toutefois le décalage abyssal entre l’optimisme martial du président américain et la prudence affirmée de Téhéran. Le New York Times note ainsi que l’Iran n’a nullement confirmé les termes avancés par Washington, notamment sur la question ultrasensible du détroit d’Ormuz. De son côté, l’agence iranienne Fars (proche des Gardiens de la révolution) affirme que la République islamique entend conserver le contrôle du passage maritime durant toute la période de cessez-le-feu.Le détroit d’Ormuz, épicentre de la négociationDans les rédactions américaines, un consensus émerge. Le véritable enjeu immédiat n’est plus tant militaire que pétrolier. Le détroit d’Ormuz concentre à lui seul près de 20 % des flux énergétiques mondiaux, rappelle le Washington Post. Depuis les menaces iraniennes contre le trafic maritime et le blocus imposé par les États-Unis autour des ports iraniens, les marchés vivent sous la hantise d’un étranglement durable des approvisionnements.Selon Axios, le compromis actuellement discuté prévoirait une prolongation de soixante jours du cessez-le-feu. Durant cette période, l’Iran pourrait reprendre librement ses exportations pétrolières tandis que le détroit serait rouvert à la navigation commerciale internationale. Mais les médias américains insistent sur l’ambiguïté du terme même de « réouverture ». Pour Washington, il s’agirait d’un retour à la situation antérieure au conflit. Pour Téhéran, il serait hors de question d’abandonner ce que la chaîne qatarie Al-Jazira décrit comme « le principal levier de pression stratégique » du régime.Le Washington Post révèle par ailleurs que le secrétaire d’État Marco Rubio exige que le détroit demeure ouvert « sans péage », signe que Washington redoute autant une fermeture militaire qu’une « iranisation » durable du contrôle maritime régional.Des modalités opaquesL’autre pilier des négociations concerne le programme nucléaire iranien. Selon le New York Times, l’un des éléments centraux du projet d’accord serait un engagement de Téhéran à renoncer à son stock d’uranium hautement enrichi. Une revendication historique des administrations américaines successives.Le quotidien new-yorkais souligne toutefois qu’aucun mécanisme précis n’a encore filtré : transfert à un pays tiers, dilution du combustible, contrôle international renforcé… Les modalités restent opaques. Le Washington Post ajoute que l’ordre des concessions constitue désormais un point majeur de friction diplomatique. Les Iraniens exigeraient d’abord la consolidation du cessez-le-feu et la normalisation du trafic maritime avant d’ouvrir un véritable chantier nucléaire. Washington, à l’inverse, souhaite verrouiller simultanément les deux dossiers.Une diplomatie clandestine ?Selon le Washington Post, des émissaires pakistanais et qataris sont arrivés vendredi 22 mai à Téhéran afin de tenter de sauver les négociations. Islamabad apparaît désormais comme un médiateur central. Le maréchal Asim Munir, chef de l’armée pakistanaise, aurait conduit plusieurs échanges jugés « courts mais hautement productifs » avec les autorités iraniennes.Le journal américain souligne que plusieurs monarchies du Golfe auraient discrètement demandé à Washington de ralentir toute reprise des opérations militaires. Un responsable américain cité anonymement résume l’état d’esprit régional : « Ils en ont fini. Ils ne veulent plus de cette guerre. » Cette lassitude stratégique expliquerait aussi le ton plus mesuré adopté ces dernières heures par Marco Rubio. Depuis New Delhi, le secrétaire d’État a reconnu que « des progrès » existaient, tout en laissant planer la menace d’une reprise immédiate des bombardements en cas d’échec.Trump et la démonstration de forceDans les grands titres américains, on retient de la stratégie trumpienne ce double positionnement : ouverture diplomatique et intimidation maximale. Le Washington Post rapporte qu’au moment même où la Maison-Blanche vantait les avancées diplomatiques, Donald Trump multipliait sur les réseaux sociaux les messages belliqueux et les allusions à une possible destruction des infrastructures iraniennes en cas d’échec.La marine américaine, elle, continue de masser des moyens considérables dans le Golfe. Plus de vingt navires de guerre, dont les porte-avions George H. W. Bush et Abraham Lincoln, croisent actuellement dans la région. Selon le quotidien, cent navires ont déjà été interceptés depuis le début de la crise. Le journal révèle aussi l’existence d’une opération baptisée « Project Freedom », destinée à escorter des navires américains à travers le détroit d’Ormuz. L’opération aurait finalement été interrompue sous pression des alliés du Golfe, inquiets qu’une démonstration navale trop agressive ne fasse dérailler les négociations.Fracture chez les républicainsL’éventualité d’un compromis avec Téhéran commence également à fissurer le camp conservateur américain. Le sénateur Lindsey Graham a averti sur X qu’un accord permettant au régime iranien de « survivre et devenir plus puissant » reviendrait à « jeter de l’essence sur les conflits au Liban et en Irak ».Plus crispé encore, l’ancien secrétaire d’État Mike Pompeo a dénoncé un projet « absolument contraire au “America First” ». Selon lui, Washington devrait au contraire « ouvrir le fichu détroit », « priver l’Iran d’argent » et « détruire suffisamment de capacités iraniennes pour qu’il ne puisse plus menacer les alliés américains ». Il faut dire que la ligne du président américain crée des tensions au sein du parti, entre les partisans d’un isolationnisme transactionnel et ceux qui prônent une stratégie de coercition permanente contre Téhéran.Une paix (encore) fantomatiqueMalgré les déclarations triomphales de Donald Trump, la presse américaine demeure on ne peut plus prudente. Axios rappelle que l’accord « peut encore capoter ». La BBC souligne de son côté que Téhéran accuse toujours Washington de tenir des « propos contradictoires ».Même les responsables américains interrogés par le Washington Post reconnaissent que les menaces militaires actuelles servent surtout à « forcer l’Iran à revenir à la table ». Derrière les proclamations présidentielles, nul ne sait encore si Washington négocie une paix durable, ou simplement une suspension temporaire du conflit. Pourtant dans la région, plus personne ne veut assumer la responsabilité d’une guerre ouverte.