Pour la 7ᵉ année consécutive, elle vient de décrocher la Palme d’or avec le film “Fjord”, de Cristian Mungiu. La firme de production et de distribution américaine n’en est pas à son coup d’essai. Neon Par Macha Dussart Publié le 23 mai 2026 à 22h40 On peut dire que ces Américains ont le nez creux. Neon, le célèbre producteur et distributeur indépendant, vient une fois de plus de voir un de ses films rafler une Palme d’or. Fjord, de Cristian Mungiu, rejoint Parasite, du Sud-coréen Bong Joon-ho (2019), Anatomie d’une chute (2023), de Justine Triet ou Un simple accident, de Jafar Panahi, qui a décroché la Palme en 2025. Un vrai flair, comme en témoigne la liste — impressionnante — de leurs dernières acquisitions. L’année dernière, Tom Quinn, le co-fondateur de Neon, avait acheté les droits nord-américains de plusieurs films en compétition avant le Festival de Cannes, dont le beau Valeur sentimentale, de Joachim Trier (Grand Prix 2025) et le moins réussi Alpha, de Julia Ducournau (reparti bredouille). Dans les premiers jours du Marché du film, le studio avait aussi acheté le puissant L’Agent secret, sur la dictature au Brésil dans les années 1970, avant que le film obtienne le Prix de la meilleure interprétation masculine pour Wagner Moura et le Prix de la mise en scène pour Kleber Mendonça Filho. Interrogé il y a quelques jours par Le Monde, Tom Quinn s’étonnait presque lui-même de ce palmarès : « Je sais que le monde entier ne me croira pas, mais gagner la Palme d’or est vraiment accidentel. On ne peut jamais savoir. » Peu après sa création, en 2017, par Tom Quinn et Tim League, la société américaine connaît un vif succès en distribuant Moi, Tonya, le faux documentaire qui réhabilite Tonya Harding, championne de patinage artistique déchue, raflé au nez et à la barbe — et à coups de gros millions — de Netflix, le principal concurrent de Neon aux États-Unis. Deux ans plus tard, le duo investit le Marché du film à Cannes avec la ferme intention de trouver LE film qui décrochera la récompense suprême du Festival. En 2019, Neon acquiert donc Parasite. Bingo : la satire grinçante en forme de thriller sociopolitique de Bong Joon-ho décroche le trophée. En 2020, Covid oblige, pas de Festival, donc pas de Marché du film. On retrouve la fine équipe en 2021, qui mise sur le glaçant Titane, de Julia Ducournau, future Palme d’or. Peu de critiques (et de bookmakers) pariaient sur cette victoire, mais c’était compter sans un facétieux président du jury, Spike Lee. À ce niveau-là, on pourrait se dire qu’en plus de leur œil cinéphile la chance est aussi un peu avec eux. Mais en 2022, rebelote, Ruben Östlund et son polémique Sans filtre séduisent le jury de Vincent Lindon, et une nouvelle Palme d’or tombe dans l’escarcelle de Neon. Qui récidive en 2023, 2024 et 2025, en s’appropriant les droits de distribution du magistral Anatomie d’une chute, de Justine Triet, de l’odyssée hilarante de Sean Baker Anora et, donc d’Un simple accident. Après Fjord, rendez-vous en 2027 ?