L’ombre des plaintes et des témoignages visant l’artiste pour des violences sexuelles présumées alimente la controverse sur l’île, alors que sa venue en juillet reste programmée.« Nous ne laisserons pas Patrick Bruel chanter dans notre village sans opposition. » Dans une lettre ouverte au maire et aux organisateurs du festival d’Erbalonga, des militantes féministes donnent le ton. Dans les rues de ce petit port du Cap Corse, les tracts ont déjà commencé à circuler : « Patrick Bruel in Erbalonga ? Innò, grazie ! » (Patrick Bruel à Erbalonga, non merci ! en langue corse). Signe que la polémique enfle, alors que l’artiste doit se produire le 11 juillet dans cette cité balnéaire du nord de l’île.« Nous demandons une décision de responsabilité : l’annulation du concert, appuie une membre du collectif. Cette venue nous révolte. Il y a, certes, la présomption d’innocence. Mais, devant tant d’accusations, nous sommes inquiètes pour les femmes qui travaillent sur le festival et dans les établissements qui hébergeront Patrick Bruel. »Une première affaire en 2019Le chanteur et comédien de 67 ans est cerné par une dizaine de plaintes, instruites en France et en Belgique, et les mises en cause d’une trentaine de femmes pour des « violences sexuelles ». Les faits dénoncés couvrent une période d’une trentaine d’années, entre 1991 et 2019. Depuis plusieurs jours, la controverse monte en intensité, en Corse comme sur le continent. L’annonce faite par Flavie Flament a remis de l’huile sur le feu. L’animatrice a déposé plainte contre Patrick Bruel, qu’elle accuse de l’avoir violée à l’âge de 16 ans.« Ça commence à faire beaucoup », estime une militante féministe, très active dans la région, qui rappelle volontiers le « passif » de l’artiste sur l’île. En 2019, une affaire avait déjà bousculé la venue du chanteur en Corse. C’était en effet la première fois que la probité de Patrick Bruel était publiquement mise en cause.Une femme, masseuse dans un hôtel de luxe, accusait l’artiste de faits à caractère sexuel dans un hôtel de Porticcio, dans le golfe d’Ajaccio (Corse-du-Sud). Une enquête avait été ouverte pour « exhibition sexuelle et harcèlement », classée sans suite quelques semaines plus tard, faute d’éléments suffisants pour caractériser l’infraction. L’épisode, pour autant, n’a jamais disparu de la mémoire insulaire. Aujourd’hui, il est régulièrement remis en avant sur l’île, notamment pour appuyer les accusations plus récentes.Une question taraude désormais les habitants dans les rues d’Erbalonga : Patrick Bruel sera-t-il sur scène le 11 juillet ? Dans plusieurs villes, comme Paris, Marseille ou Brest, des dirigeants politiques ont appelé l’artiste à renoncer à sa tournée, dans le sillage d’une pétition en ligne qui a déjà recueilli près de 40 000 signatures. De leur côté, les organisateurs du festival d’Erbalunga maintiennent pour l’heure leur programmation, et devraient s’exprimer dans les prochains jours.« Je ne suis ni procureur, ni juge », estime le maireSi la pression s’accentue, le maire de la commune se montre prudent : « je ne suis ni procureur, ni juge, explique, au Point, Patrick Sanguinetti, l’édile du Cap Corse. Mon rôle n’est pas de condamner les gens avant leur jugement. Il y a certes une inquiétude, au regard de l’ampleur prise par l’affaire, sur d’éventuels troubles à l’ordre public. Le moment venu, je prendrai mes responsabilités, dans le cadre de mon pouvoir de police ».Les opposants à la venue du chanteur, en tout cas, comptent bien faire monter la pression. Ce samedi 23 mai, plusieurs collectifs féministes prévoient de se mobiliser pour une opération de tractage à Erbalonga. « Nous irons crescendo, en fonction de ce qu’il se passera ailleurs, lors des premières dates de sa tournée, dans le courant du mois de juin », prévient une militante de Collages Féminicides Corse, un collectif dénonçant les violences faites aux femmes.Patrick Bruel réfute l’ensemble de ces accusations. « Jamais je n’ai forcé une femme, jamais je n’ai drogué, manipulé ou cherché à soumettre qui que ce soit. Je ne me suis jamais servi de ma notoriété pour abuser de quiconque et obtenir des relations non consenties », a écrit le chanteur sur son compte Instagram, le 17 mai. Excluant, à ce stade, de quitter la scène.