C’est un géant de la culture qui vacille. Selon « la Voix du Nord », le groupe Nosoli, propriétaire des emblématiques librairies Le Furet du Nord et de l’enseigne Decitre, s’apprête à acter un tournant décisif. Mardi prochain, la direction devrait annoncer le placement du groupe en redressement judiciaire. En difficulté financière, l’entreprise, dont le berceau historique est à Lille, cherche un second souffle. En France, une vingtaine de magasins et des centaines d’emplois sont désormais suspendus à la décision du tribunal. L’onde de choc va retentir jusqu’à Reims (Marne) puisque depuis déjà 5 ans, un Furet du Nord est installé en centre-ville. Comme partout en France, l’inquiétude commence à poindre derrière les piles de nouveautés littéraires.Ce vendredi 22 mai, dans les allées du Furet du Nord, les clients déambulent, un roman à la main ou demandent un conseil pour une BD. Entre deux rayons, des vendeurs s’affairent, concentrés, à déballer des centaines de livres arrivés le matin dans de petites cagettes en plastique bleu et rouge. Un ballet quotidien qui masque mal leur angoisse. ​« On fait notre travail comme d’habitude mais le cœur n’y est pas tout à fait », glisse un salarié sous couvert d’anonymat. « Nous n’avons reçu aucune consigne particulière de la direction, poursuit une autre salariée. Nous ne sommes au courant de rien. On n’en sait pas plus sur ce qui nous attend mardi. »Parmi les clients croisés cette matinée-là, la nouvelle d’une possible fermeture laisse un goût amer. C’est le cas pour Nathalie, qui explore les rayons pour la première fois. ​« C’est super triste cette nouvelle de fermeture. Je découvre tout juste celui de Reims. Mais en Belgique, là où j’habite, il y en avait un dans ma ville, à Louvain-la-Neuve. Et lui aussi a fermé, il y a trois ans déjà… » regrette-t-elle.« Je n’avais jamais vu ce magasin avant »Celui de Reims s’est installé en novembre 2021, c’était la première fois que Le Furet du Nord tentait ce pari de s’implanter directement à l’intérieur d’un grand magasin. Plus 1 200 m², dédiés aux livres et à la papeterie, sont venus occuper le troisième étage des anciennes Galeries Lafayette, devenues depuis le BHV. À l’époque, un accord de partenariat avait été conclu pour remplacer les anciens rayons de vaisselle et d’objets de la maison.Une greffe qui a bien pris ou presque. Car pour certains clients, le problème réside dans l’emplacement de la librairie, perchée tout en haut du grand magasin. Tiffany, Rémoise, nous dit découvrir l’endroit aujourd’hui : « Je n’avais jamais vu ce magasin avant », confie-t-elle en regardant autour d’elle. « Je ne rentre déjà jamais dans le BHV d’ordinaire. Ce n’est pas le genre de choses que je consomme dans ce grand magasin. En revanche, je suis une habituée de Decitre », ajoute-t-elle, faisant référence à l’autre marque du groupe.Aujourd’hui, la question est sur toutes les lèvres : ce magasin est-il menacé de fermeture ? L’incertitude est d’autant plus pesante que le contexte local est déjà électrique. Le Furet du Nord n’est pas le seul à tanguer dans ce bâtiment historique de la rue de Vesle, l’artère commerçante de Reims. Le BHV rémois a déjà fait couler beaucoup d’encre ces derniers mois. En février dernier, l’arrivée en sous-sol du géant chinois de la fast-fashion, Shein, avait bousculé l’image de ce temple du commerce traditionnel. Depuis ce virage stratégique, l’avenir du grand magasin du centre-ville pose question. Le redressement judiciaire de son locataire du troisième étage pourrait-il précipiter une restructuration plus globale du site ? Réponse mardi prochain.​