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n s’en souvient : l’autorisation accordée par Bruxelles au rachat de Lagardère par le groupe de Vincent Bolloré avait suscité bien des inquiétudes au printemps 2023. En apparence, pourtant, pas de quoi fouetter un chat. Il ne s’agissait, somme toute, que du énième épisode du mouvement de concentration qui affecte l’industrie du livre depuis les années 1960, et d’ailleurs Bruxelles avait conditionné son agrément à la revente par l’acquéreur d’un certain nombre d’actifs. C’est ainsi que Vivendi se mit en conformité avec la réglementation européenne en matière de concurrence – même si la Commission européenne a depuis accusé Vivendi d’avoir enfreint ces mêmes règles en prenant trop tôt le contrôle du groupe Lagardère.
Mais le problème, au fond, n’était pas là. Si les éditeurs et les libraires s’inquiétaient tant, c’est d’abord parce que Hachette Livre, filiale de Lagardère, était sur le point de tomber entre les mains d’un actionnaire bien décidé à mettre ses nouvelles acquisitions au service de ses convictions idéologiques.
Vincent Bolloré est un croisé de l’« Occident chrétien », le promoteur engagé d’un catholicisme conservateur qu’il prétend ériger en ultime rempart d’une société en proie à la « décadence » et menacée dans son « identité ». Dans cette perspective, l’acquisition du premier groupe français d’édition constituait une prise de choix, quand on sait la valeur patrimoniale des marques en jeu : Fayard, Grasset, Stock, Calmann-Lévy, Lattès, le Livre de poche, notamment.






