Le calme apparent de la plage de Trouville-sur-Mer (Calvados) tranche avec l’agitation en coulisses. « La plage appartient à l’État. Il la concède à la ville sur des périodes de 10 ans, qui la sous-concède à des professionnels », expose Stéphanie Fresnais, nouvelle maire de la cité balnéaire. L’ancienne municipalité a donc relancé la consultation pour l’exploitation des commerces et activités de plage. Mais avec un cahier des charges qui fait grincer des dents.« Je paye environ 60 000 euros par an, entre la part fixe et la part variable sur les recettes, indique Cyril Leseur, gérant du restaurant le Galatée depuis 37 ans. Là, on passerait à 60 000 euros… rien que pour la part fixe ! Plus 1,5 % de part variable sur les bénéfices. L’appel d’offres ne correspond pas à l’activité d’indépendants. »En fait, le cahier des charges modifie le lot du restaurant, incluant à l’avenir dix cabines de plage et deux terrasses. « C’est 150 000 euros d’investissement, sans compter le mobilier, l’entretien ainsi que les opérations de montage et démontage », reprend Cyril Leseur, qui estime que son affaire resterait rentable seulement à condition « de doubler [son] chiffre d’affaires », ce qu’il ne croit pas possible.Méga concession, rentabilité en questionPlusieurs lots ont ainsi été refondus sur des critères largement revus à la hausse. C’est le cas du minigolf, du trampoline et du petit circuit de voitures électriques. Ces trois lots ne feront plus qu’un. « Il y a un lot associé de 50 cabines et d’un club de plage, précise Bernadette Pedrono, la gérante du minigolf. Il faut avoir les reins solides, embaucher plusieurs employés en plus pour le club et les nouveaux services de cette méga concession. Pour notre structure, ce ne serait pas rentable. » D’autant que ces professionnels sont dépendants d’une activité saisonnière, elle-même dépendante de la météo. « La prise de risque est trop importante », résume Cyril Leseur. Ces deux professionnels, présents depuis trente ans et plus, ne repostulent pas. La clôture des candidatures a eu lieu ce 15 mai.À ces conditions, qui peut tenter sa chance ? « Des grands groupes, capables de supporter les investissements, qui n’ont pas la même projection qu’un indépendant », répond le restaurateur, qui a vu certains candidats venir visiter son établissement. Une approche plus rémunératrice pour la commune, qui pourrait changer l’atmosphère de cette plage. Leader de l’opposition dans l’ancien conseil municipal avant son élection en mars, Stéphanie Fresnais se dit en désaccord avec une consultation « tournée vers les grands groupes et les garanties financières. Moi, j’ai une vision de plage familiale. Je suis surprise que l’ancienne municipalité se soit éloignée de l’identité de la plage ».Situation inextricableOr, la consultation, telle qu’elle a été lancée, est pour ainsi dire gravée dans le marbre. La nouvelle majorité a bien tenté de demander un délai à l’État pour relancer un appel d’offres avec de nouveaux critères… en vain.Les concessions prennent fin au 31 décembre 2026. « Notre marge de manœuvre est infime », regrette l’édile, qui va se consacrer à l’étude des candidatures. Trouville-sur-Mer pourrait ne choisir personne, mais à condition de le justifier… selon les fameux critères ! Et une hypothétique nouvelle procédure dépasserait l’échéance du 31 décembre.Bref, une situation assez inextricable, ce que déplorent des professionnels, dont certains s’apprêtent donc à tourner la plage en se demandant bien comment cet espace va se transformer. Les premiers choix de la mairie sont attendus en septembre. D’ici là, assure Stéphanie Fresnais, « on va laisser les commerçants souffler pour la saison ».