C’était une première ! Ce jeudi, le Premier ministre ne s’est pas exprimé depuis le perron de l’Hôtel Matignon comme il l’a fait à plusieurs reprises, de façon informelle, depuis sa prise de fonction en septembre 2025. Non, il avait choisi le format plus solennel (et plus risqué) de la conférence de presse.Il avait opté pour un titre ronflant : « Impact de la guerre en Iran et mesures de soutien à l’activité économique. » Il avait invité sur l’estrade, à ses côtés, pas moins de six ministres qui se passaient et repassaient la parole dans un ballet bien orchestré. Il avait, aussi, promis un « changement d’échelle » dans le paquet d’aides destinés aux Français pénalisés par la hausse des prix à la pompe.Au total, l’exercice de pédagogie était bien huilé, les annonces un peu « survendues » (et pour cause : difficile de faire plus avec toujours moins d’argent dans les caisses !), mais surtout, Sébastien Lecornu a tenu le rôle qu’il s’est assigné depuis sa nomination dans un contexte politique particulièrement difficile : celui d’un chef de gouvernement modeste, pragmatique, transparent, proche des préoccupations des Français.Acouphènes de nostalgieEt puis, il y a ces acouphènes de nostalgie qu’il renvoie comme par inadvertance, alors que tout cela est bien préparé. Le message subliminal avait été perçu depuis le chandail col en V hors d’âge sous la veste de costume et depuis les poireaux qui dépassent du cabas lors d’une séance filmée de visite au marché. Toutefois, depuis cette entrevue face aux journalistes, il n’y a plus de doute : Sébastien Lecornu veut faire daté. Ce Premier ministre, qui n’a pas encore 40 ans - ce sera le cas le 11 juin - aime la jouer à l’ancienne.Il y a d’abord son expression favorite « le calme des vieilles troupes », déjà employée mardi lors des questions au gouvernement et répétée jeudi. Il s’agit d’une très ancienne locution militaire, qui sied parfaitement au penchant « fana-mili » que le Premier ministre n’entend pas cacher.Il y a surtout ses références à de grands hommes, tous gaullistes comme il se doit, tous disparus depuis très longtemps, quand l’intéressé n’était pas né ou à peine adolescent.Quand Lecornu était « séguiniste »Pour illustrer sa détermination à ne pas se contenter de distribuer des chèques, mais de voir plus loin avec un vaste programme d’électrification, il évoque le « plan Messmer », qui a lancé en 1974, il y a donc 52 ans, la construction de dizaines de réacteurs nucléaires pour contribuer à l’indépendance énergétique du pays. Un peu plus tard, il ajoute : « On a un peu le droit d’être gaulliste... »Et puis vient cette confidence, pour insister sur la fibre sociale : « J’étais séguiniste. » Philippe Séguin est décédé en janvier 2010, quand Sébastien Lecornu avait 23 ans. Son heure de gloire a sonné en 1992, quand il a pris la tête du « non » au traité de Maastricht. Il a alors exigé un référendum et obtenu un face-à-face télévisé avec le président Mitterrand. Le Premier ministre était âgé de six ans.Puis, en réponse à une question sur un éventuel « plan de sobriété énergétique » établi par le gouvernement, vient l’inévitable hommage à Georges Pompidou : « Il faut arrêter d’emmerder les Français. »À l’issue de ce quadruple exercice oratoire, plus aucun doute. Sébastien Lecornu a trouvé son rôle sur la scène politique : celui du « jeune vieux ».
Sébastien Lecornu ou la stratégie du « jeune vieux »
CHRONIQUE. Il n’a pas 40 ans mais ses références datent du siècle passé. S’il a tenté d’offrir une version rénovée de la conférence de presse, il a convoqué les mânes de Séguin, Messmer, Pompidou et bien sûr de Gaulle.







