Il devait s’agir d’un vote de routine. La concession de l’organisation du marathon (et du semi-marathon de Paris) — l’un des plus grands au monde avec ses 66 000 participants — pour les quatre prochaines années (2027 à 2030). Mais ce mercredi, la séance du Conseil de Paris a viré au casse-tête politique.En cause : la présence, au sein du groupement lauréat Cadence, de l’agence Havas Events, dont la majorité du capital est détenue par la famille Bolloré. Un nom qui, dans les travées de l’Hôtel de Ville, a fait l’effet d’une bombe. Ce mercredi soir, peu avant 22 heures, au terme d’un débat houleux, la délibération a néanmoins été adoptée.« Il s’attaque au mouvement sportif »Si le projet porté par Cadence séduit sur le fond — zones accessibles aux personnes handicapées, gratuité pour les allocataires du RSA, ravitaillement sans emballages, 100 % énergies renouvelables —, c’est la présence de Havas Events dans le consortium (également composé de Keneo et Avena Event) qui cristallise toutes les tensions à gauche. Écologistes, communistes et LFI ont voté contre.« Rien ne doit être cédé à Bolloré, il porte un projet identitaire », a martelé Guillaume Durand, coprésident du groupe écologiste, qui s’est toutefois félicité des critères sociaux et environnement portés par le lauréat. Même cible pour l’élu communiste, Adrien Tiberti, qui s’interroge sur ce « que viennent faire Havas et la famille Bolloré dans l’organisation de ce marathon ». Et de répondre par lui-même : « Il s’attaque au mouvement sportif ». Provoquant par la même occasion des exclamations des élus de droite : « On parle d’un marathon », « hors sujet ! »À voir aussiPuis LFI via son groupe du Nouveau Paris Populaire a pris la foulée des attaques contre ce choix, avec une série d’amendements et d’interventions. Le sélectionné « n’a jamais organisé de course de cette ampleur. J’invite les concurrents à se pencher sur les conditions financières, il y a des surprises », lançait, énigmatique, Émile Meunier, bras droit de Sophia Chikirou.C’est finalement dans les rangs de la droite que l’on trouvera du soutien aux socialistes du maire Emmanuel Grégoire. L’élu proche de Rachida Dati (LR), Pierre Liscia, appelait ses collègues à « plus de pragmatisme, et de regarder pour l’intérêt des Parisiens et des coureurs. La question était de savoir quelle est l’offre la plus solide, résume-t-il. Les éternels rabat-joie trouveront toujours le moyen de gâcher la fête avec un débat idéologique ».Pour le MoDem, qui s’est abstenu, c’est l’idée de changer d’organisateur - ASO gérait l’événement depuis 1998 - qui dérange. « Pourquoi changer une équipe qui gagne ? ASO a fait du marathon de Paris une réussite populaire internationale, est déjà engagé dans la transition écologique, la solidarité et l’innovation. Même les organisateurs du marathon de New York sont venus l’an passé pour voir la réduction de l’usage du plastique », remarque Sandro Gozi (Paris au Centre). Et de souligner le manque « d’expérience » de Cadence dans l’organisation d’un tel événement.Dans ce concert de critiques et d’interrogations, Jérôme Coumet (Socialiste et divers gauche) a insisté avec fermeté : « J’ose penser que nous sommes ici éloignés de la sphère d’influence de l’extrême droite ». Et de rappeler un précédent : la Ville a déjà collaboré avec Havas Events pour la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris 2024.Maxime Sauvage, adjoint aux Sports d’Emmanuel Grégoire s’est chargé de la conclusion en deux temps. D’abord, en saluant l’offre retenue qui promet « un parcours repensé pour animer les quartiers, un festival du running, une course de 1 500 enfants, des forfaits handicap, des tarifs réduits pour les allocataires du RSA, la suppression complète du plastique », ainsi qu’« une nette progression de la redevance minimale versée à la Ville (3,5 millions d’euros par an, deux fois plus qu’auparavant) ».Quant à la présence de la famille du groupe Bolloré au capital de Havas Events ? « Le marathon de Paris ne sera jamais l’instrument d’un combat civilisationnel et à la moindre tentation adverse, nous prendrons nos responsabilités », assure l’élu. Les nouveaux organisateurs ont désormais 10 mois pour faire naître le prochain semi-marathon.
« Un parcours repensé » : organisé par ASO depuis 1998, le marathon de Paris change officiellement de main
Le Conseil de Paris a adopté mercredi soir la concession du marathon de Paris pour 2027-2030 au groupement Cadence, malgré de vifs débats au







