EssaiDans son nouveau livre « Géopolitique de comptoir. Comment répondre aux idées reçues, fantasmes et clichés sur le monde » (Eyrolles), le politologue démonte 110 clichés en moins de 150 pages. Décapant.Rédacteur en chef du service MondePublié le 20/05/2026 à 18h30Donald Trump et Xi Jinping, le 15 mai, à Pékin. EVAN VUCCI/AFP/EVAN VUCCICombien de temps encore durera la guerre en Ukraine ? Trump a-t-il un plan de sortie en Iran ? Est-il imprévisible ou simplement fou ? Ces questions, tout le monde se les pose, en famille, entre collègues, ou au bistrot du coin. Bruno Tertrais, lui, y répond plus souvent qu’à son tour. Chroniqueur au Point, directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), auteur prolifique, il est l’une des boussoles de la géopolitique à la française. L’un de ceux qu’on interroge quand le monde s’emballe.Certes, certaines interrogations restent des mystères : seuls Poutine, Trump et Xi savent ce qu’ils mijotent vraiment ; quant à leur santé – quelques médecins triés sur le volet mis à part –, c’est un secret bien gardé. Pour tout le reste, ou presque, il y a son dernier livre : Géopolitique de comptoir. Comment répondre aux idées reçues, fantasmes et clichés sur le monde (Eyrolles, en librairie le 21 mai). Un bréviaire aussi didactique que décapant : 110 clichés démontés en moins de 150 pages avec – très utile – un index qui permet d’aller droit à la question qui vous taraude. De quoi comprendre que la réalité est rarement celle qu’on se raconte entre deux pintes. C’est même, parfois, l’exact opposé.Pour démonter les idées reçues, Tertrais ne sort pas les grands sentiments, mais les faits, les chiffres et l’Histoire. Désordre mondial, guerre en Ukraine, au Moyen-Orient, menace nucléaire, conflits du futur… il n’esquive rien. Pas même les sujets qui déchaînent les passions. Sur le prétendu « génocide » israélien à Gaza, il tranche : « Affirmation déraisonnable. » Parfois, il prend le temps de replonger dans les dernières décennies pour éclairer son propos, notamment quand il se demande si la France est frappée par le terrorisme du fait de sa politique étrangère.Bruno Tertrais est ­directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique. MATHILDE MAZARS/REA POUR « LE POINT » Mais, le plus souvent, un paragraphe lui suffit pour dynamiter une thèse – comme celle, éculée, du déclin annoncé des États-Unis. Mieux : une simple phrase pour expliquer que l’étendue du territoire russe n’est pas un obstacle à l’établissement d’une démocratie. Réponse de l’auteur : « Le Canada, deuxième pays le plus vaste du monde, voudrait dire un mot. »Bruno Tertrais, qui a signé en 2025 une nouvelle édition du « Que sais-je ? » sur La Guerre, manie la concision comme une arme de précision. En préambule, il confie avoir voulu faire un « petit ouvrage, à la fois distrayant et sérieux, destiné à armer le lecteur dans les débats qu’il pourra avoir dans sa vie personnelle ou professionnelle, dans les dîners en ville comme à l’université ». Mission accomplie. Son livre permet au novice de briller en société ou – tout du moins – d’éviter de débiter des âneries. Il sert aussi et surtout à moucher les propagateurs de théories du complot. La prochaine fois qu’un parent, un ami, un pilier de bistrot – ou un candidat à la présidentielle – vous assène que toutes ces guerres ne sont « qu’une histoire de gazoducs et de pipelines », ne vous énervez pas. Tendez-lui le livre. Et ouvrez-le page 37.« Géopolitique de comptoir. Comment répondre aux idées reçues, fantasmes et clichés sur le monde », de Bruno Tertrais (Eyrolles, 158 p., 13 €, en librairie le 21 mai). SODIS