Le décès est survenu jeudi dans le cadre d’une fusillade liée au trafic de stupéfiants. Des fusillades qui s’enchaînent avec une régularité inquiétante dans les villes de l’ouest, autrefois réputées tranquilles.Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez s’est rendu ce vendredi à Nantes, après une fusillade ayant entraîné la mort d’un adolescent de 15 ans dans le quartier de Port-Boyer, jeudi. Un autre adolescent, âgé de 13 ans, a été hospitalisé dans un état grave. Son pronostic vital n’est plus engagé. Un troisième adolescent a, lui, été moins gravement blessé.Les tirs sont très probablement liés à une bataille pour le contrôle d’un « point de deal très convoité ces derniers temps », a déclaré le ministre. Ils se sont produits vers 19 h 30, jeudi. Les suspects ont pris la fuite. Laurent Nuñez a annoncé la création d’une antenne de l’Office antistupéfiants (OFAST) à Nantes et le déploiement de renfort de police, « le temps qu’il faudra pour sécuriser le quartier ».L’ubérisation du marché de la drogueCela pourrait être assez long. La fusillade de jeudi, en effet, s’inscrit dans une longue série, qui touche Nantes, mais aussi Rennes, Lorient, Brest, Alençon, Niort. Les enquêteurs interrogés par le Point dans ces différentes villes sont unanimes. Le trafic de stupéfiants n’est plus une affaire locale.Des têtes de réseaux basées ailleurs en France, parfois à l’étranger, investissent les zones de chalandises de l’ouest, où les prix sont plus élevés que sur les marchés saturés de la région parisienne. Fournissant la marchandise, ils montent des équipes de vendeurs, mêlant des recrues locales et des intérimaires, venus en train et logés en locations de courte durée. L’an dernier, le clan marseillais Yoda a été identifié à Rennes. Son rival, la DZ mafia, serait en action à Saint-Nazaire (Loire-Atlantique)Les fusillades sont l’indicateur d’une guerre pour le contrôle des emplacements. À Nantes, le précédent décès par arme à feu lié au trafic de stupéfiant avait eu lieu y a 15 jours seulement. Le 29 avril, un homme a été tué par balle et un autre a été blessé dans un règlement de comptes sur fond de trafic de stupéfiants dans le square Augustin-Fresnel, à 15 minutes à pied de la rue de Port-Boyer.Fusillades aussi à Brest, Rennes…À Rennes, il y a aussi eu un accrochage ce même jeudi, très probablement lié à la drogue. C’était à 8 heures du matin. Un jeune homme de 18 ans a été hospitalisé en urgence absolue après avoir reçu des coups de couteau dans le quartier de Villejean, spot bien connu de vente de stupéfiants, où la dernière fusillade mortelle remonte seulement à décembre 2025.À Brest, le dimanche 19 avril, dans le quartier de Lambézellec, trois hommes, vêtus de noir et cagoulés, ont tiré au fusil d’assaut en plein après-midi, tout près d’une aire de jeux pour enfants. Il y a eu deux blessés, dont un homme délibérément visé et une jeune riveraine de 14 ans, victime collatérale.Dix jours seulement auparavant, une autre fusillade avait fait un blessé grave dans le même quartier. L’objet des affrontements est un point de deal situé à la cité Pierre-Benoît. Les réseaux recrutent via Telegram, et peuvent envoyer en expédition punitive des individus « très jeunes et totalement inexpérimentés dans le maniement des armes à feu », nous racontait un policier rennais l’an dernier. « Ils ne connaissent personne dans leur secteur de travail et se soucient donc moins des balles perdues ».Violences très localiséesNi Brest, ni Rennes, ni Nantes ne sont devenus des coupe-gorge. Sur cinq ans, les crimes et délits enregistrés à Nantes sont au contraire en nette baisse : 32 697 en 2019, 24 126 en 2024. Ce sont les statistiques du ministère de l’Intérieur. Elles sont robustes, mais personne n’est dupe : certaines zones décrochent.Dans toutes les villes concernées, il existe une carte officieuse des quartiers à risque. Pontanézen à Brest ; le Breil et Malakoff à Nantes ; Perseigne à Alençon ; Bois-du-Château à Lorient (où un homme a été retrouvé assassiné au pied d’une tour le 3 avril) ; le Clou-Bouchet à Niort ; Villejean, Maurepas et la ZUP sud de Rennes, où pas un semestre ne s’est écoulé sans affrontement ou fusillades depuis des années.Cette carte est mouvante. Port Boyer, jusqu’à présent, n’apparaissait pas comme un secteur à risque à Nantes. Idem pour Lambézellec à Brest. Comme le pire n’est pas toujours certain, la situation s’améliore parfois. Kercado et Menimur, hauts lieux du trafic de stupéfiants à Vannes, ont disparu de l’actualité depuis plus d’un an.Les secteurs en question ont souvent un air de famille. Constitués de tours, classés en quartier prioritaires de la politique de la ville (QPV), ce sont les moins chers de leurs agglomérations respectives. Ils abritent à ce titre une forte proportion de population précaire et immigrée.Le deal, visible dans les annonces immobilièresProportion qui semble aller en s’accroissant. L’effet du trafic de stupéfiants est parfaitement visible désormais dans les prix de l’immobilier. À quelques centaines de mètres près, il peut créer entre les valeurs de logements par ailleurs identiques un écart d’un à trois, voire davantage.À Nantes, Laurent Nuñez a réitéré sa « détermination dans cette guerre contre le narcotrafic ». Le ministre ne baisse pas les bras, pour les « habitants qui n’en peuvent plus de ce trafic ». Ces derniers n’attendent pas toujours. Ceux qui le peuvent déménagent. Ce sont souvent les moins défavorisés et les familles avec enfants. À Lorient, dans le quartier Bois-du-Château, le collège Le Coutaller a fermé en 2022, faute d’élèves. Chaque fusillade enfonce un peu plus les quartiers de deal. Remonter la pente prendra beaucoup de temps.
Adolescent tué à Nantes : une tragédie, mais pas une surprise
Le décès est survenu jeudi dans le cadre d’une fusillade liée au trafic de stupéfiants. Des fusillades qui s’enchaînent avec une régularité inquiétante dans les villes de l’ouest, autrefois réputées tranquilles.










