Le documentaire “1936, le Front populaire”, diffusé mercredi à 21h10 sur France 3, retrace les avancées sociales et culturelles majeures de cette période de l’entre-deux-guerres. Et établit des correspondances entre le contexte de 1936 et notre époque. Congés payés, semaine de quarante heures… le Front populaire a inventé le temps libre. Photo Pierre Jamet/Hauteville Productions Par François Ekchajzer Publié le 20 mai 2026 à 13h00 Auteur, avec Fabien Béziat, d’une remarquable histoire du Front populaire programmée sur France 3 à l’occasion du 90e anniversaire du gouvernement Blum, le documentariste Hugues Nancy évoque ce tournant de l’entre-deux-guerres. 1936, le Front populaire. Entre joie et colères croise les temporalités, pour mettre en évidence les résonnances très actuelles de cette union des gauches, sur fond de crise économique et de montée des extrêmes droites. Qu’est-ce qui a déclenché votre désir de travailler sur cette période ?La formation du Nouveau Front populaire, en 2024. L’expérience n’a pas duré longtemps, mais la réappropriation du concept de « Front populaire », véritable mythologie de la gauche, a motivé notre travail, ainsi que les parentés liant cette époque à la nôtre. Durant l’année 2024, quatre gouvernements se sont succédé : comme en 1934. L’effet miroir avait quelque chose de troublant. À lire aussi : “Y a d’la joie” ! Le Front populaire a 90 ans, une époque avec “le cœur plein de chansons” N’avez-vous pas également été motivé par votre passé de militant socialiste ? C’est un engagement qui remonte à plus de trente ans (il a adhéré au PS en 1992 et présidé le Mouvement des jeunes socialistes en 1998 et 1999). J’étais alors marqué par la figure de Léon Blum. Travaillant à ce film — qui n’a rien de militant —, j’ai pu mesurer à quel point Blum a déterminé certaines décisions devenues historiques. Son choix de proposer les deux semaines de congés payés s’inscrit évidemment dans le cadre de négociations avec la CGT, mais rien ne l’obligeait à le faire. Le pacte du Rassemblement populaire ayant été conçu pour réunir communistes, socialistes et radicaux, il ne contenait que des mesures assez modestes. Par ailleurs, sa pensée politique sur les loisirs ne se limitait pas au fait d’accorder du temps libre aux Français. Elle impliquait la nécessité de créer une multitude d’organisations pour les accompagner dans leurs activités sportives ou culturelles. La tentation de basculer vers l’extrême droite, pour une partie de la droite parlementaire, était déjà présente voilà presque cent ans. Dès les premières minutes, vous dites du Front populaire qu’il a « façonné la France telle que nous la connaissons aujourd’hui ».Il nous est, en effet, apparu que cette période a été la matrice de la société dans laquelle nous vivons, que ce soit en matière de rapport au travail ou de loisirs et de culture. En 1936, trois femmes sont aussi entrées au gouvernement. Et avec le Front populaire, les ouvriers sont progressivement devenus partie prenante du système politique. Votre film échappe à la nostalgie, en établissant des ponts entre hier et aujourd’hui.Nous avions envie, Fabien et moi, de travailler sur les traces et d’inscrire le passé dans le contemporain. À chaque intervenant correspond ainsi un objet transitionnel : enregistrement sonore, affiches de l’époque, archives filmées… Jusqu’à cette incroyable valise, qui contient les photos prises par l’ouvrier France Demay, à laquelle son petit-fils, qui témoigne, avait l’interdiction de toucher. Ces photos, comme celles de Pierre Jamet présentées par sa petite-fille, nous frappent par leur modernité. Elles témoignent d’une formidable liberté ; les unes à travers les pratiques sportives, les autres à travers l’activité des auberges de jeunesse. Grève à l’usine Renault de Billancourt, en 1936. SZ Photo/Scherl/Bridgeman Images/France Télévisions Comment avez-vous déniché vos témoins, enfants ou petits-enfants d’inconnus ?En menant un travail de recherche auprès de différentes associations de mémoire, nous avons trouvé cet homme dont le père s’est engagé dans les Brigades internationales, ou cette fille et petite-fille d’ouvrières Michelin, à Clermont-Ferrand. On ne pouvait pas leur demander de prendre en charge un discours général sur la période. Mais faire intervenir des historiens en prime time n’est pas courant, nous avons donc choisi deux conseillers historiques [Serge Wolikow et Jean Vigreux, ndlr] pour la qualité de leurs travaux, mais également parce qu’eux aussi avaient une histoire personnelle avec le Front populaire. À lire aussi : Le Front populaire de 1936, une tumultueuse saga sociale qui n’a pas fini de nous interpeller Qu’avez-vous appris en réalisant ce film ?Que, lorsque la gauche gagne, c’est toujours de peu. Pour l’emporter, elle doit être unie et intégrer les centristes — sans eux, pas de majorité possible. L’autre leçon est que la tentation de basculer vers l’extrême droite, pour une partie de la droite parlementaire, était déjà présente voilà presque cent ans. Le Front populaire a été un front antifasciste issu d’une large union de la gauche et du centre, suivi d’une expérience gouvernementale qui s’est défaite quand le Parti radical [de centre gauche, malgré son nom, ndlr] a rompu avec lui. Voilà ce que nous avons voulu raconter. 1936, le Front populaire. Entre joie et colères, mercredi à 21h10 sur France 3 et en replay sur France.tv. Lire la critique “1936, le Front populaire : Entre joie et colères”, un récit bien documenté d’une période charnière du XXᵉ siècle Télévision Politique France 3 France.tv Front populaire Documentaire Le magazine en format numérique Lire le magazine Les plus lus