Publié le 19/05/2026 22:51
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Le "20 Heures" du 19 mai vous emmène au cœur des méga fermes américaines. Des fermes, ou plutôt de véritables usines. Jusqu'à 120 000 bêtes y sont entassées. Nos équipes sont allées à la rencontre de ces nouveaux cow-boys de l'Amérique.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.Dans le décor spectaculaire des grandes plaines, du bétail à perte de vue. Le Nebraska compte trois fois plus de vaches que d'habitants. Un méga ferme en accueille près de 50 000. Les bêtes y passent les derniers mois de leur vie, engraissées deux fois par jour, avant leur mise sur le marché. "Elles reçoivent essentiellement du maïs, dont on essaie de tirer le maximum. Pour les vaches, c'est la dernière étape avant l'abattoir, le conditionnement et la distribution dans les magasins ou les restaurants", explique Trey Wasserburger, de l'exploitation bovine "TD Angus".Trey Wasserburger nous a ouvert les portes de cette exploitation familiale. Dans une industrie souvent décriée pour ses pratiques, il a perfectionné le suivi des animaux. "Avec mon smartphone, je sais tout sur mes bêtes, quand elles sont arrivées, ce qu'elles ont mangé", pointe-t-il en nous montrant son téléphone. Il affirme également consommer moins d'eau grâce à un bassin de récupération des pluies, qui sert ensuite à l'arrosage des cultures.Mais la pluie, les éleveurs ne l'ont vue que très peu au cours des derniers mois. Une simple sortie avec le troupeau dans les prairies arides du Nebraska suffit à s'en rendre compte. Les années de sécheresse se succèdent, et l'inquiétude des éleveurs a rarement été aussi forte. "Si ça continue, les bêtes ne survivront pas. Elles vont s'amaigrir et le sol sera foutu", s'inquiète Trey Wasserburger.En conséquence, les États-Unis n'ont jamais compté aussi peu de bétail. Alors, le marché aux bestiaux est devenu un théâtre où les cow-boys s'affrontent pour s'offrir les meilleures bêtes aux enchères. Un petit signe de la main suffit à faire monter les prix, avec pour arbitre un commissaire-priseur aux phrasés impressionnants. "C'est presque une chanson", s'amuse Trey. Les vaches se font plus rares, et elles sont donc plus chères. Même si la sécheresse pousse parfois les éleveurs à vendre leurs bêtes par peur de ne plus pouvoir les nourrir : "Les éleveurs vendent toutes les vaches qu'ils peuvent pour essayer d'économiser un peu d'herbe", indique un éleveur.Car si l'Amérique n'a jamais compté aussi peu de vaches, elle n'en a pourtant jamais consommé autant de toute son histoire ; près de 30 kilos par an et par personne. Dans les restaurants du centre-ville, on comprend vite que le bœuf fait ici partie du patrimoine et les clients n'ont clairement pas l'intention d'en manger moins. "Je mange autant de bœuf que je le peux. En tant qu'habitant, c'est aussi une façon de soutenir les éleveurs du coin", estime un jeune homme. "On nous parle des gaz, des vaches qui polluent la planète. Mais il faut arrêter avec ça, ce sont des foutaises", complète une femme.En cuisine, on en prépare plusieurs dizaines de kilos à chaque service. Alors, pour surmonter la crise actuelle, le patron choisit de ne s'appuyer que sur les éleveurs locaux : "Je sais d'où viennent les bêtes, ce qu'on leur a donné à manger et surtout ce qu'on ne leur a pas donné", pointe Rex Hansen, propriétaire du restaurant "North 40 Chophouse. Comme le restaurant, toute la région mise sur le circuit court, avec un abattoir flambant neuf, qui évite d'envoyer les bêtes à six heures de route. Une économie importante, des emplois créés et l'émergence d'une conscience écologique.Mais aux États-Unis, tout le monde ne peut pas en dire autant. A Grand View, dans l'Idaho, une exploitation concentre les critiques. C'est l'une des plus grandes du pays : "Parmi les dix plus grandes, elle est visible depuis l'espace", précise Buck Ryan, de l'association "Snake River Waterkeeper".À la tête d'une association de protection de l'environnement, Buck Ryan dénonce la pollution générée par ce site. Signe d'une certaine opacité, le survol avec un drone est interdit, mais il s'est procuré des vues aériennes qui permettent de mieux prendre conscience de son immensité. Ici sont confinées jusqu'à 150 000 vaches, leurs déjections rejetées par des tuyaux en bord d'exploitation, puis dans de petits canaux. "Cette eau est hautement contaminée, alors que le bétail la boit et qu'elle contient de nombreuses bactéries issues de leurs propres déjections", souligne Buck Ryan.Ces eaux souillées rejoignent ensuite la Snake River, à quelques kilomètres de là. Un cours d'eau où l'association effectue des prélèvements : "J'essaie de prélever au milieu du ruisseau pour ne pas avoir l'eau de la surface ou des résidus au fond. On voit déjà que l'eau est trouble", explique Buck Ryan en prenant un échantillon. Sa concentration en nitrate et en bactéries est régulièrement au-dessus des niveaux fixés par la loi : "Cette eau polluée va aller là où les gens se baignent et s'amusent en aval. Elle finira dans la bouche des enfants qui boivent la tasse, et ils tomberont malades", dénonce-t-il.Le propriétaire, un géant de l'élevage, n'a pas souhaité répondre à nos questions. L'association l'a attaqué en justice pour l'obliger à mieux gérer sa pollution. Mais dans un État où le bétail est une manne historique, la procédure s'écoule aussi lentement que les flots paisibles de la Snake River.










