Après des mois de tensions entre Paris et Alger, le garde des Sceaux effectue un déplacement sensible dans la capitale algérienne pour relancer la coopération judiciaire entre les deux pays.L’ambiance semble détendue ce matin du lundi 18 mai dans le salon de réception du ministère de la Justice sur les hauteurs d’Alger où le ministre de la Justice Gérald Darmanin est reçu par son homologue algérien Lotfi Boudjemaa, en présence de l’ambassadeur Stéphane Romatet qui vient de retourner à Alger il y a une dizaine de jours après une absence de près d’un an.Un air de retrouvailles qui ne peut faire oublier l’ampleur de la tâche qui attend Darmanin et sa délégation qui englobe notamment des poids lourds de son département : Laureline Peyrefitte, directrice des affaires criminelles et des grâces (DACG), Vanessa Perée, procureure nationale anti-criminalité organisée (PNACO) et Pascal Prache, procureur national financier (PNF).Les priorités françaises à AlgerIl y d’abord le dossier de notre confrère journaliste sportif Christophe Gleizes, détenu en Algérie et condamné à sept ans de prison pour, notamment, « apologie du terrorisme ». Son sort sera « discuté dans le cadre de rencontres à haut niveau avec les autorités algériennes », assure-t-on dans l’entourage du Garde des sceaux français qui a, selon la même source, a « échangé avec la famille du journaliste et avec des responsables de la Fédération française de football » sur ce dossier, sans en donner plus de détails.Place Vendôme, on rappelle que « Christophe Gleizes a pu bénéficier de la visite du Consul général à Alger Bruno Clerc la semaine dernière » et que « des efforts seront déployés pour améliorer sa situation et créer les conditions favorables à sa libération ». Pour rappel, les proches du journaliste ont annoncé le 5 mai qu’il avait renoncé à son pourvoi en cassation devant la Cour suprême, ce qui, théoriquement, ouvre la voie à une possible grâce présidentielle.L’autre dossier du bilatéral judiciaire concerne la lutte conjointe contre les réseaux du narcotrafic, notamment ciblant l’organisation criminelle d’origine marseillaise « DZ Mafia ». « Nous venons à Alger avec une liste de certaines personnes affiliées ou complices de cette organisation. Ils ne sont pas nombreux mais ils sont soupçonnés d’occuper des rangs importants dans la DZ Mafia », nous explique-t-on dans l’entourage de Darmanin.Dans la méthode, Paris espère accomplir ce qui a pu être réalisé avec Rabat, suite au réchauffement des relations entre les deux pays, en obtenant l’extradition, début 2025, de Félix Bingui, chef présumé du « clan Yoda » rival de la DZ Mafia, actuellement jugé à Marseille.L’autre chantier aussi est de tenter de calquer la méthode Darmanin qui a permis de lancer une offensive aux Emirats arabes unis ciblant les avoirs des têtes de réseaux des narcos français, d’où la présence à Alger du procureur national financier, Pascal Prache.Oligarques, Amir DZ : les attentes algériennesCôté algérien, la délégation française est attendue sur deux dossiers brûlants. D’abord, la question des oligarques algériens et leurs avoirs en France. Alger reproche à Paris de ne pas lui avoir répondu quant aux commissions rogatoires adressées à la justice française. La Chancellerie estime que la présence à Alger du procureur national financier (« rare déplacement à l’étranger », souligne-t-on) permettra d’aborder le dossier en profondeur, mais tout en soulignant aux partenaires algériens les principes d’indépendance de la justice. Reste aussi le cas de l’agent consulaire algérien en détention provisoire en France, qui serait impliqué dans la tentative de rapt présumé du Youtubeur controversé Amir DZ. Alger avait, fin mars, vertement dénoncé le renouvellement d’une année supplémentaire sa détention. « L’information judiciaire est en cours », avance prudemment l’entourage de Darmanin, sans plus de détails.Mais un signal est donné : l’absence dans la délégation du procureur national antiterroriste (PNAT), Olivier Christen, qui avait, début avril, déclaré que l’Algérie était concernée par des procédures d’enquête relevant du « terrorisme d’État », en évoquant l’affaire Amir DZ. Propos qui ont déclenché la colère d’Alger. Sur le dossier des « subversifs » installés en France et réclamés par l’Algérie, l’on précise que certains d’entre ces opposants se sont établis dans d’autres pays, comme le Royaume-Uni alors que d’autres bénéficient du statut de droit d’asile. Là aussi, Paris souhaite aborder le dossier avec prudence en avançant les principes du droit, tout en ne faisant pas de ce topique un tabou.« L’objectif est de rétablir la relation judiciaire et renforcer les liens opérationnels », espère-t-on côté Place Vendôme. Rappelant la visite prochaine du ministre de l’Intérieur algérien à Paris, une source algérienne explique que le redémarrage du bilatéral suit le schéma « laborieux mais ascendant » de la « consolidation du socle sécuritaire/militaire, migratoire et judiciaire », afin de « sanctuariser à long terme » l’axe Alger-Paris, qui est très volatil.
Christophe Gleizes, DZ Mafia... Ce que Darmanin est venu négocier à Alger
Après des mois de tensions entre Paris et Alger, le garde des Sceaux effectue un déplacement sensible dans la capitale algérienne pour relancer la coopération judiciaire entre les deux pays.










