Au premier jour de son procès, Martin Ney a contesté être l’assassin du garçonnet, enlevé de nuit dans une colonie de vacances en 2004. Un mode opératoire que maîtrise parfaitement le pédocriminel, déjà condamné à la perpétuité pour des meurtres similaires en Allemagne.Vingt-deux ans qu’ils attendaient cela. À 10 h 01, ce mardi 19 mai, après la constitution du jury, Karine Laborde a ainsi prononcé les cinq mots que la famille et les proches de Jonathan Coulom se désespéraient d’entendre un jour. « Je déclare les débats ouverts », a lancé la présidente de la cour d’assises de la Loire-Atlantique, à Nantes. D’ici le 4 juin, les « débats » en question vont tenter d’établir la vérité sur la mort du petit-fils, de l’enfant ou encore du frère chéri, confié au printemps 2004 à une colonie de vacances au bord de l’océan et dont il est rentré enfermé dans un cercueil. Une tragédie résumée dans les 163 tomes rouges, bleus, jaunes, verts et oranges disposés tout autour de la barre des témoins, telle une mosaïque colorée donnant au décor un air de légèreté. En décalage complet avec le noir lugubre qui se dégage du box des accusés, à quelques mètres de là, dans lequel vient de prendre place Martin Ney. À 55 ans, l’homme n’est pas seulement sombre par la veste gris foncé qui recouvre son épaisse carrure, mais par son parcours digne d’une plongée dans les ténèbres. Entre 1992 et 2001, il a ainsi sauvagement ôté la vie de trois enfants en Allemagne.Terrible date anniversaireA-t-il donc aussi enlevé celle de Jonathan Coulom, mort avant d’avoir pu souffler ses dix bougies en 2004 à Saint-Brévin-les-Pins ? Si la réponse ne figure pas directement dans ces piles de dossiers, faute de preuve matérielle solide, les parties civiles espèrent, elles, qu’elle jaillira du verdict attendu dans trois semaines. « Humainement, il serait bien qu’il s’explique, mais juridiquement, on n’a pas besoin de ses aveux », a rappelé Me Caty Richard, l’une des avocates de la famille. Vraisemblablement, il faudra bel et bien s’en passer comme l’intéressé lui-même l’a signalé d’entrée. « Je répondrai volontiers à toutes vos questions, a-t-il assuré d’une voix calme entouré de ses deux traductrices. J’ai reconnu les faits en Allemagne et je m’en suis expliqué. En ce qui concerne ceux sur Jonathan Coulom, non je ne les ai pas commis. »Le ton est donné, et il n’a surpris personne puisque c’est la ligne de défense adoptée par Martin Ney depuis le début de la procédure. Son avenir carcéral étant déjà scellé outre-Rhin, où il purge depuis 2012 une peine de réclusion à perpétuité pour les trois infanticides, admettre sa culpabilité à Saint-Brévin-les-Pins ne changerait rien à son avenir, quoi qu’’il arrive figé derrière des barreaux.Aux proches de l’enfant, en revanche, c’est une tout autre histoire, eux qui courent après la vérité depuis plus de deux décennies. D’autant que, douloureux hasard du calendrier, les voilà confrontés à l’auteur présumé pour la première fois ce 19 mai, soit exactement le jour anniversaire de la découverte du corps, vingt-deux ans plus tôt. « Repenser à tout ce qui s’est passé et se retrouver peut-être face à l’assassin, pour eux ça fait un double choc, reconnaît Me Catherine Salsac, avocate de Virginie Lacombe, la maman. Elle veut absolument savoir même si c’est dur à entendre. »Pas de trace ADN ou de bornage téléphoniqueProblème, aucun élément probant ne vient à ce jour confirmer (ni infirmer) la présence de Martin Ney dans l’Ouest de la France au moment du crime. Certes il y a bien des témoins assurant l’avoir vu ou entendu, notamment dans les environs de Guérande où la dépouille entravée du garçonnet a été abandonnée dans un étang, mais pas de trace ADN, par exemple. En outre, à l’heure où les portables sont les premiers mouchards dans les enquêtes, celui de l’accusé n’a déclenché aucun relais téléphonique dans l’Hexagone en 2004.Aujourd'hui laissée à l'abandon en attente d'un nouveau projet, la colonie de vacances de Saint-Brevin-les-Pins dans laquelle Jonathan a été enlevé en pleine nuit. C. GUYARD/LE POINT ET MAXPPP/O. CORSAN « Pour obtenir la condamnation de quelqu’un, il ne faut pas forcément de preuves scientifiques ni d’aveux, il faut des éléments de nature à emporter la conviction des jurés et il y en a, martèle Me Richard. Ici, il y a le profil des victimes ou encore le mode opératoire extrêmement précis et caractéristique. » De fait, les trois enfants qu’il a reconnu avoir tués étaient âgés de 9 à 13 ans, et ont chacun été kidnappés dans un internat, une classe verte et un camp de vacances. Des lieux-signatures chez celui qui avait en outre sexuellement agressé à proximité d’une école et dans des auberges de jeunesse.Dépeint par ses employeurs et collègues comme une personne « calme, fiable et compétente » dans les différents postes d’éducateur spécialisé qu’il a occupés, lui se voit davantage comme un être « solitaire et renfermé » vouant une admiration sans faille pour sa propre mère, laquelle n’a jamais douté de son innocence dans l’affaire Jonathan Coulom. « Sur cette question, je ne lui ai pas menti, maintient Martin Ney aujourd’hui. Je lui ai toujours dit que ce n’était pas moi ». En 2017 alors en prison, il avait confié à son codétenu qu’il « n’avouerait pas avoir commis deux meurtres d’enfants en Belgique et en France tant que [sa] mère serait encore vivante. » Le récent décès de celle-ci, survenu en janvier 2026, pourrait bien libérer sa parole.
« Je n’ai pas commis les faits sur Jonathan Coulom » : le tueur en série allemand nie le meurtre du jeune garçon
Au premier jour de son procès, Martin Ney a contesté être l’assassin du garçonnet, enlevé de nuit dans une colonie de vacances en 2004. Un mode opératoire que maîtrise parfaitement le pédocriminel, déjà condamné à la perpétuité pour des meurtres similaires en Allemagne.










