En Israël, la sortie imminente de série la plus connue du pays se double d’une inquiétude : celle, pour certains, de ne pas supporter des images et une trame ravivant le traumatisme encore à vif du 7 Octobre.Dans la bande-annonce révélée en avril dernier de la cinquième et nouvelle saison de Fauda, la série israélienne qui remporte le plus grand succès à l’international, une Toyota blanche fait une apparition furtive. Une courte seconde. Suffisante pourtant pour enfoncer un coup de poing dans le ventre du téléspectateur israélien et le renvoyer à ce jour de l’horreur que fut le 7 octobre 2023.Ce samedi matin là, fête juive de Simhat Torah, les terroristes du Hamas étaient armés jusqu’aux dents à l’arrière de ces pick-up, déterminés à tuer et massacrer. Les images de ces véhicules sur les routes du sud d’Israël, dans les rues de Sdérot, une ville à quelques kilomètres de la bande de Gaza, puis celles des corps sans vie des victimes du massacre, abandonnées dans les flaques de leur sang, ont fait ce jour-là le tour des boucles Telegram et WhatsApp. Elles sont gravées à jamais dans les esprits.Depuis, le pick-up Toyota blanc, en Israël, n’est plus un simple véhicule mais un symbole des pires atrocités. Sa présence dans ce court clip pouvait déjà faire guise d’avertissement aux téléspectateurs et téléspectatrices israéliens : les épisodes que vous vous apprêtez à visionner, ne seront pas pour vous un simple divertissement, cette série risque de vous être douloureuse à regarder.Des images qui ravivent le traumatismeUne semaine avant la diffusion au grand public des deux premiers épisodes, à partir du lundi 18 mai au soir, une avant-première privée a été organisée. Et elle a renforcé ce sentiment. « Je suis sortie après le premier épisode, a témoigné sur X la cheffe Ruthie Rousso, une vedette des fourneaux en Israël. « Avertissement de contenu déclencheur très fort sur le 7 Octobre. Je ne peux pas encore regarder cela comme faisant partie d’une série, sans que cela ne génère chez moi un stress intense ». Dans les commentaires, plusieurs personnes l’ont remercié pour cette mise en garde. Tous, en Israël, ne sentent pas encore prêts à faire face au 7 Octobre dans une série télévisée.À l’approche de la sortie des nouveaux épisodes, plusieurs bandes-annonces ont été diffusées. Elles contiennent des références à la vengeance, sur un ton biblique. Il est clairement question de traquer les membres de la Nukhba, l’unité militaire d’élite de la branche armée du Hamas, les Brigades Izz al-Din al-Qassam. Ces derniers ont été en première ligne dans l’exécution de la pire attaque terroriste de l’Histoire de l’État d’Israël.La mort du « fantôme d’al-Qassam »Coïncidence de calendrier : le 15 mai dernier, il y a quelques jours à peine, Izz ad-Din al-Haddad, le commandant en chef des Brigades Izz al-Din al-Qassam du Hamas, a été tué dans une frappe aérienne de Tsahal. L’homme, surnommé le « Fantôme d’al-Qassam », était considéré comme l’un des architectes du massacre du 7 Octobre et le leader en charge des opérations actuelles du Hamas dans la Bande de Gaza. Tsahal a annoncé avoir mené l’opération avec le Shin Bet, le service de renseignement intérieur israélien. Dans Fauda, Doron et ses coéquipiers appartiennent à l’unité spéciale des « Mistaharavim », celle des agents infiltrés du Shin Bet. Doron est joué par l’acteur Lior Raz, coauteur de la série avec le journaliste Avi Issacharoff. Les deux l’ont raconté plus d’une fois : ils se sont rencontrés lors de leur service militaire effectué dans les rangs de l’unité infiltrée des Mistaharavim de Tsahal, Douvdevan. C’est de là que leur est venue l’idée de la série. Aujourd’hui encore, la réalité dépasse leurs imaginations et dicte le scénario.« Nous avions écrit quelque chose [pour la nouvelle saison], puis le 7 Octobre a eu lieu. Nous avons dû changer toute la série », a expliqué Raz dans une vidéo promotionnelle du diffuseur israélien de la série, YES. « Ce n’est pas une saison de plus de Fauda. Cette fois, c’est différent, c’est une saison extraordinaire », ajoute Issacharoff. « C’est une saison post 7 Octobre. Et nous sommes tous, toujours sous l’influence du 7 Octobre ».« À quoi bon remuer une plaie ouverte ? »Ce n’est pas la première fois que le sujet est traité sur le petit écran israélien. En octobre 2025, la chaîne de télévision Keshet 12 diffusait Red Alert, une minisérie israélienne qui mettait en scène quatre récits de bravoure et d’horreur tirés du 7 Octobre. Ce feuilleton avait alors été accueilli de manière très mitigée par le public et les critiques locaux. « À quoi bon remuer une plaie ouverte avec une série qui n’est qu’un interminable déclencheur de traumatismes ? », titrait alors un article de Ynet, le site Internet du Yediot Aharonot, le premier quotidien israélien.Pour Smadar Shiloni, la journaliste qui a signé cette critique, la série était « née du même réflexe qui a conduit Netanyahou à exposer au public international la vidéo des atrocités. Sauf que Red Alert est diffusée en prime time à un public israélien qui n’a nul besoin d’une reconstitution venant lui replonger, une fois de plus, sous les yeux des cauchemars qu’il n’est de toute façon jamais parvenu à oublier. »On peut s’attendre, dans le cas de Fauda, à des critiques similaires. Mais à l’instar de Red Alert, diffusée à l’international sur Paramount +, Fauda trouvera aussi son public au-delà des frontières d’Israël, via Netflix. Dans le débat dont il est question, l’argument de la Hasbara, soit l’importance d’expliquer au monde ce qu’était et est encore le 7 Octobre pour la société israélienne, prend souvent le dessus.Il était d’ailleurs déjà au cœur du message de la cheffe Ruthie Rousso, incapable de visionner elle-même les deux épisodes même si elle les estime nécessaires. Pour elle, « le fait que la série – classée 8e des séries de la décennie selon le New York Times, dans le top 10 de Netflix, 2e sur Netflix Inde, avec un score IMDb sans précédent – va faire entrer le 7 Octobre dans les foyers du monde entier, de manière directe, est un geste immense et très subtil de la part des créateurs. Allez Fauda ! »En ajoutant un clin d’œil aux auteurs : « Avi Issacharoff, tiens-nous au courant à quel épisode ou à quelle saison la paix arrive ».
« Fauda » : faut-il raconter le 7 Octobre à la télévision ?
En Israël, la sortie imminente de série la plus connue du pays se double d’une inquiétude : celle, pour certains, de ne pas supporter des images et une trame ravivant le traumatisme encore à vif du 7 Octobre.













