Le Concours Reine Elisabeth a dévoilé ses 12 finalistes samedi soir à Flagey, au terme d’une demi-finale plus vivante, risquée et inventive qu’à l’accoutumée.Le résuméLe Concours Reine Elisabeth a dévoilé ses 12 finalistes après une demi-finale marquée par un répertoire classique moins balisé et plus révélateur des personnalités.L’imposé jazzy et électrique d’Harold Noben a fait mouche.L’ORCW de Vahan Mardirossian a impressionné par sa constance.Le Concours Reine Elisabeth de violoncelle tient ses douze finalistes. Samedi soir, au Studio 4 de Flagey, Gilles Ledure, président du jury et directeur de Flagey, a dévoilé les noms des musiciens qui rejoindront dès ce dimanche la Chapelle musicale Reine Élisabeth, à Waterloo, pour une semaine de huis clos avant la finale prévue du 25 au 30 mai à Bozar.Parmi eux, la très jeune Coréenne Tae-Yeon Kim, 19 ans, impressionnante de maîtrise et d’autorité, le Canadien Andrew Ilhoon Byun, le Polonais Krzysztof Michalski, l’Italien Ettore Pagano ou encore la Russe Maria Zaitseva. Tous devront désormais découvrir et préparer l’œuvre imposée de la compositrice sino-américaine Fang Man avant de défendre un grand concerto du répertoire avec le Belgian National Orchestra dirigé par Antony Hermus.Mais au-delà du palmarès, cette demi-finale 2026 restera surtout comme l’une des plus stimulantes entendues au Concours depuis longtemps...Hofmann Concerto in D major Badley D3 | Dilshod Narzillaev - Queen Elisabeth Competition 2026Exit les concertos de HaydnLa première tient au répertoire choisi pour départager les candidats. Exit les concertos de Haydn, passages obligés des éditions 2017 et 2022. Magnifiques mais saturés d’histoire interprétative, ils avaient fini par transformer l’écoute en exercice comparatif permanent. Chaque phrasé, chaque cadence, chaque vibrato semblait renvoyer à Rostropovitch, Queyras ou Ma.Cette année, le concours a préféré des œuvres beaucoup moins fréquentées: les concertos de Leopold Hofmann, Michael Haydn et Anton Kraft. Musicalement, tout n’y gagne pas forcément. Le concerto de Kraft, notamment, avec sa virtuosité parfois assez vaine et démonstrative, annonce davantage Beethoven qu’il ne l’atteint. Mais ce changement a eu une vertu immédiate: laver les oreilles du jury, du public… et des candidats eux-mêmes.Privés de modèles écrasants, les demi-finalistes apparaissaient soudain beaucoup plus nus. Et surtout, ils devaient écrire leurs propres cadences virtuoses, révélant leur imagination, leur sens dramatique et leur capacité de construction musicale. L’Ouzbek Dilshod Narzillaev s’y est montré irrésistible de naturel et de liberté, l’Italien Ettore Pagano d’une élégance souveraine, tandis que Tae-Yeon Kim impressionnait par son mélange de contrôle et d’engagement quasi théâtral. Plus introspectif, Andrew Ilhoon Byun séduisait par la richesse sombre de ses couleurs et son lyrisme crépusculaire.Le compositeur liégeois Harold Noben, auteur de l'imposé, "Caffeine". ©Lia NavarreteUn concours sous "Caffeine"L’œuvre imposée du compositeur liégeois Harold Noben aura électrisé la semaine. Pendant une dizaine de minutes, cette partition nerveuse et mouvante, traversée de grooves quasi jazz, de tensions rythmiques, de climats suspendus à la Maurice Ravel et de surgissements électriques, a galvanisé le jury et le public tout en permettant, à travers sa dramaturgie articulée sur deux caractères opposés, de départager les candidats.Là où certains imposés contemporains se contentent de tester la résistance technique, "Caffeine" obligeait les candidats à construire un discours véritablement personnel. La Coréenne Tae-Yeon Kim y injectait une énergie presque rock, Clara Dietlin une sensualité très construite, Leland Ko une maîtrise impressionnante des contrastes. Plus qu’un concours de virtuosité, la pièce révélait des musiciens capables de respirer, de colorer et de tenir une tension.Harold Noben Caffeine, créé par Anna Meipariani, lundi 11 mai 2026 - Queen Elisabeth Competition 2026Un ORCW de haute tenueTroisième grande réussite de la semaine: l’Orchestre Royal de Chambre de Wallonie (ORCW) dirigé depuis 2020 par Vahan Mardirossian.Gilles Ledure a eu parfaitement raison, samedi soir, de saluer leur "joie communicative". De mémoire de critique, rarement l’orchestre chargé d’accompagner les demi-finalistes aura affiché une telle tenue, une telle souplesse stylistique et surtout une telle constance. Dans ces concertos parfois inégaux, l’ORCW n’a jamais joué les faire-valoir. Il dialoguait, soutenait, respirait avec les candidats, tout en maintenant une qualité musicale remarquable d’une prestation à l’autre. Ce fut le cas avec Tae-Yeon Kim, samedi soir, particulièrement dans le troisième mouvement de son concerto où soliste et orchestre fusionnèrent dans une même liberté, dans la joie pure de la musique partagée. Un moment suspendu, comme le concours en a le secret, autant qu'une démonstration d'excellence et de professionnalisme.L'épisode de la corde casséeEt puis il y eut ce moment de flottement qui restera comme l’image humaine de cette demi-finale. Jeudi soir, au début de son récital, l’Allemand Alexander Wollheim casse brutalement sa corde de la en plein "Caffeine". Souriant mais visiblement déconfit, le candidat quitte la scène sous les applaudissements. Problème: il venait justement de changer cette corde la veille… et n’avait pas pris de rechange avec lui. Pendant quelques minutes, l’émoi gagne Flagey. Une annonce est lancée dans la salle. Harold Noben se lève, Marie Hallynck quitte précipitamment la table du jury, des musiciens accourent, avant qu’un membre de l’Orchestre Royal de Chambre de Wallonie, rattrapé in extremis, ne sauve finalement la situation en allant chercher une corde dans son propre étui.Derrière la mécanique ultra-codifiée du concours, le réel venait soudain de refaire surface: un instrument fragile, un musicien démuni, et toute une communauté qui se mobilise pour éviter la catastrophe.Rendez-vous à la finale, à Bozar, du 25 au 30 mai 2026...La séance photo électrique pour les 12 finalistes, ce samedi soir, à Flagey. ©Xavier FlamentLes finalistes du Concours Reine Elisabeth 2026 violoncelleVoici les noms des 12 violoncellistes sélectionnés par le jury pour passer en finale du Concours Reine Elisabeth 2026, qui se déroulera à Bozar, du 25 au 30 mai 2026.Maria Zaitseva (Russie)Lionel Martin (Allemagne)Yo Kitamura (Japon)Ivan Sendetsky (Russie)Ettore Pagano (Italie)Clara Dietlin (France)Dilshod Narzillaev (Ouzbékistan)Álvaro Lozano Cames (Espagne)Leland Ko (Etats-Unis)Krzysztof Michalski (Pologne)Andrew Ilhoon Byun (Canada)Tae-Yeon Kim (Corée)
Retours sur la demi-finale électrique du Reine Elisabeth avant l’entrée des 12 finalistes à la Chapelle
Le Concours Reine Elisabeth a dévoilé ses 12 finalistes samedi soir à Flagey, au terme d’une demi-finale plus vivante, risquée et inventive qu’à l’accoutumée.












