CHRONIQUE. Dans chaque camp, les candidats s’affrontent jusqu’à s’éliminer. Une entreprise de démolition qui promet. Pour preuve, déjà, les délectables passes d’armes Hollande-Cazeneuve.Tout le monde, par expérience, connaît les avantages et inconvénients des primaires. Pour départager entre eux des candidats appartenant au même parti, ce sont des procédures organisées en bonne intelligence, promouvant une confrontation de bon niveau où chacun donnera le meilleur de lui-même, à partir de quoi un collège électoral préalablement défini tranchera.Ce scénario théorique (et idyllique) est hélas inévitablement pollué : la concurrence pousse à la rivalité, la rivalité à l’affrontement, l’affrontement au dénigrement. Ce qui devait être policé devient sauvage. On devait se distinguer, on cherche à se démolir. Pas de quartier. Machine à baffes. L’élu final en sort cabossé, ses concurrents ne lui ayant épargné aucune de ses insuffisances, de ses erreurs, de ses vices. Les battus auront du mal à convaincre de la sincérité de leur soutien obligé au lauréat.Démolition inévitableLes primaires, en somme, obligent les concurrents d’un même camp à se démolir. Tandis que, sans primaires, les concurrents d’un même camp sont obligés de se démolir. Cherchez la différence ! À ceci près qu’alors c’est un combat de tous les instants, sans procédure ni protocole, et du coup sans débat télévisé. Pour moins capter l’attention médiatique, la bagarre n’en est pas moins sauvage. Il en va de la survie de chacun en présidentiable.On en est là ou presque. Les primaires, sur la gauche non mélenchoniste comme sur la droite non-extrême, pataugent ou s’effondrent. Il suffit d’un candidat majeur s’y refusant pour classer l’affaire. L’intérêt de chacun conduit sa stratégie. Faute donc de primaires en solennité, bonne et due forme, nous en sommes aux escarmouches sauvages qui, bien entendu, monteront en gamme jusqu’à devenir les plus létales possible.À droite, entre Edouard Philippe, Gabriel Attal et Bruno Retailleau, les échauffourées restent encore classiques. Contre Philippe et Attal, plane le procès en collaboration avec une macronie honnie, responsable de tous les avachissements de la France, dont Retailleau, tout ministre de l’Intérieur qu’il fut un temps, se sent affranchi. Lui, outre son conservatisme social, est soupçonné d’une sulfureuse attraction vers l’union des droites.« Collégialité bâclée »Le plus avancé des préliminaires combatifs se trouve, pour l’instant, à gauche. Pour justifier son départ de la direction du PS, Boris Vallaud qualifie la conduite du parti par Olivier Faure de « stratégie d’isolement », « information tronquée », « collégialité bâclée » et « brutalisation des instances », toutes appréciations qui présagent mal ce que serait et ferait Faure à l’Élysée !Mais le plus amusant se trouve dans le trio Hollande, Cazeneuve, Glucksmann qui s’y entendent en fleurets mouchetés.Hollande versus Cazeneuve (son ami) et Glucksmann : « J’ai une différence avec les autres. J’ai déjà été président et je n’ai pas été candidat à ma propre succession en 2017 ». À quoi les deux « novices » pourraient répondre qu’il n’était simplement pas en état de se présenter sauf à risquer goudron et plumes ! Hollande versus Glucksmann : « Moi, l’Europe, je l’ai pratiquée : pas comme Raphaël, mais au niveau des chefs d’État. » Arguments d’autorité et d’antériorité irréfutables. Glucksmann préfère son éternel sourire à une riposte frontale, incarnant une gauche réformiste renouvelée plus que « hollandaise » usée.Une réplique cinglanteCazeneuve, lui, n’affuble pas son ami Hollande d’un nouveau sobriquet pour enrichir sa déjà riche collection. Il réserve ça à Faure, qualifié de « pot de gélatine » ! Mais sa réplique policée à Hollande est autrement plus cinglante et dévastatrice : « Nos approches ne sont pas en tous points semblables. Je n’ai pas, pour ma part, cautionné la constitution du Nouveau Front Populaire (NFP) et j’ai quitté le PS en 2022 en désaccord avec l’alliance passée avec LFI. » Tandis qu’Hollande, lui, s’est sans vergogne fait élire député en fricotant avec des partis et des idées qu’il combat… Un opportunisme dont ne devrait pas se rendre coupable un ancien président désirant le redevenir, n’est-ce pas ?Nous n’en sommes là qu’au tout début. Le combat ne s’arrêtera vraiment qu’à quelques mois de l’élection présidentielle, quand des concurrents consentiront à se désister au profit de mieux placé qu’eux, à s’entendre, à se rassembler pour éviter le face-à-face RN/LFI. Pour peu, du moins, qu’ils consentent à s’entendre et pour peu qu’ils ne se soient pas trop discrédités dans leurs épreuves d’approche qualificatives.
Primaires ou pas primaires, même punition
CHRONIQUE. Dans chaque camp, les candidats s’affrontent jusqu’à s’éliminer. Une entreprise de démolition qui promet. Pour preuve, déjà, les délectables passes d’armes Hollande-Cazeneuve.










