Un billet unique, réservé sur une seule plateforme : Bruxelles a présenté mercredi son projet pour simplifier les trajets de train en Europe, en tentant de contraindre les compagnies ferroviaires à proposer les offres de leurs concurrents sur Internet.Avec cette mesure, vivement contestée par les opérateurs nationaux, la Commission européenne veut aider les passagers à comparer les prix et acheter leur billet en une seule fois pour les voyages transfrontaliers.La proposition obligerait par exemple la SNCF à afficher sur son site le Paris-Milan exploité par Trenitalia.« De Berlin à Barcelone en train. Aujourd’hui, les trajets transnationaux impliquent plusieurs réservations et des risques si vous manquez une correspondance. Changeons cela. Avec un seul billet et tous vos droits de passager garantis tout au long de votre voyage », a lancé la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, sur les réseaux sociaux.L’essor du rail, plutôt que l’avion, est crucial pour les ambitions climatiques de l’Europe.Mais la proposition de la Commission, qui va être soumise aux États et au Parlement européen, risque de se heurter à l’opposition farouche des compagnies nationales.À Bruxelles, la « Communauté européenne du rail » (CER), un lobby d’exploitants de l’Union européenne (UE), dénonce une « ingérence sans précédent » de l’exécutif européen.« Je ne connais aucun cas où quelqu’un est obligé de vendre le produit d’un concurrent. Imaginez Lufthansa contrainte de vendre des billets Ryanair », souligne Alberto Mazzola, un responsable du CER interrogé par l’AFP.Serpent de merLa simplification des réservations de train est un serpent de mer dans l’Union européenne, confrontée au morcellement du réseau en 27 systèmes nationaux, ce qui rend les voyages compliqués et coûteux.« Un système ferroviaire européen a besoin de réservations simples, de correspondances fiables et de droits clairs pour les passagers. Ce n’est qu’à ces conditions que le train deviendra une véritable alternative » à l’avion court-courrier, souligne Vivien Costanzo, une eurodéputée allemande sociale-démocrate.Selon les données d’Eurostat, près de 400 millions de passagers ont effectué des voyages internationaux en avion au sein de l’UE en 2024, tandis qu’environ 150 millions ont emprunté le train pour des trajets transfrontaliers.Actuellement, les billets de train en Europe sont principalement vendus par les exploitants nationaux.Bruxelles voudrait désormais obliger les opérateurs ferroviaires à rendre leurs billets disponibles sur des plateformes de réservation en ligne comme Trainline, si elles le leur demandent.Face à la « fragmentation » actuelle, c’est une « avancée bienvenue », salue Catriona Meehan, du site de réservation Omio.Et la nouvelle loi imposerait aux compagnies détenant une part de marché d’au moins 50 % des services dans un pays d’ouvrir leur billetterie en ligne à tout opérateur ferroviaire qui le réclame.