Quand la vie change, la déclaration fiscale aussi. Pour éviter les erreurs, Sandra Pirou, fiscaliste patrimoniale au sein du cabinet international RSM, rappelle un principe simple : l’administration peut être informée de certains changements de situation comme un décès, mais le contribuable doit renseigner ces évolutions, notamment via l’espace personnel sur impots.gouv.fr. Décès, mariage, séparation, naissance… Alors que la campagne 2026 de déclaration des revenus démarre dans quelques jours, on vous explique avec elle comment procéder.Décès : deux déclarations dans l’annéeEn cas de disparition, l’administration fiscale est « rapidement informée via la publication et la diffusion de l’avis de décès aux différentes administrations », selon la professionnelle. Attention, les héritiers sont malgré tout obligés de le déclarer : « La démarche se fait via la messagerie sécurisée, dans le changement de situation, avec une brique dédiée dans laquelle on peut transmettre l’avis de décès », avance Sandra Pirou.Fiscalement, le décès au sein d’un couple marié ou pacsé est le cas le plus technique. « Le foyer fiscal est maintenu pour l’année en cours, mais il y a deux déclarations à faire », précise-t-elle. La première va du 1er janvier à la date du décès, la seconde de la date du décès au 31 décembre pour le conjoint survivant.Pour répartir revenus et dépenses, « on prend le montant encaissé » et « on ne proratise pas », précise-t-elle. En d’autres termes, on n’applique pas de proportion. Exemple : si la personne décède le 7 septembre et que la pension est versée au début du mois, alors toute la pension de septembre encaissée sera à déclarer dans la déclaration commune avec le défunt (celle qui court du 1er janvier à la date du décès, soit le 7 septembre).À voir aussiPour les dépenses ouvrant droit à réduction ou crédit d’impôt comme l’emploi à domicile, on applique la même logique que pour les revenus : c’est la date de paiement qui fait foi. Ainsi, « toutes les dépenses d’emploi à domicile du vivant sont sur le couple », tandis que « tout ce qui est postérieur à la date du décès revient au conjoint survivant », et doit donc être déclaré dans sa déclaration séparée (celle couvrant la période après le décès).S’il reste un solde d’impôt, il est géré dans la succession. Le notaire le traite comme une dette successorale, conserve les fonds nécessaires et « c’est le notaire qui paiera », les comptes du défunt étant bloqués.Mariage ou Pacs : une déclaration commune par défautEn cas de mariage ou de Pacs, il existe deux moments possibles pour signaler le changement : soit spontanément après l’union dans son espace impôts.gouv.fr (partie changement de situation personnelle), soit plus tard, au moment de la déclaration.Dans les deux cas, la démarche consiste à indiquer le numéro fiscal de son partenaire de Pacs ou de son conjoint, ce qui réunit les deux comptes et permet que les deux déclarations fusionnent. Sur le principe, pour les revenus et les charges, « l’année du mariage est une année commune », avance la fiscaliste : « On déclare ensemble, avec une seule déclaration et cela vaut à la fois pour l’impôt sur le revenu et l’impôt sur le patrimoine immobilier, donc l’IFI (Impôt sur la fortune immobilière) », précise-t-elle. Si vous avez du patrimoine immobilier chacun, le mariage peut ainsi vous exposer à l’IFI (le seuil qui déclenche l’IFI est 1,3 million d’euros, calculé sur la valeur du patrimoine immobilier net de dettes).Néanmoins, il est possible de déclarer séparément la première année et faire une déclaration commune au 1er janvier de l’année suivante. Mais l’avantage fiscal est plutôt, selon elle, de déclarer ensemble lorsque les revenus sont déséquilibrés, car « cela va venir baisser le revenu moyen imposable » et permettra de payer moins d’impôts.Le taux de prélèvement à la source peut rester individualisé ou devenir le taux du foyer.Divorce : séparé pour toute l’annéeSi vous êtes en instance de divorce ou de rupture de Pacs, le principe est la déclaration commune tant que le divorce n’est pas prononcé, sauf autorisation spéciale du juge. Lorsque le jugement est délivré ou la rupture de Pacs est enregistrée auprès de la mairie, il faut les signaler dans la partie « changement de situation ». On peut alors déclarer séparément pour toute l’année. Contrairement au décès, il n’y a pas de déclaration « coupée » en deux au cours de l’année : « Si on divorce en 2025, on déclarera séparément pour toute l’année 2025 », reprend Sandra Pirou.Reste un point sensible : les enfants. En cas de séparation, ils sont en général rattachés au parent chez qui ils résident habituellement, ou partagés en cas de résidence alternée (les avantages fiscaux sont alors répartis). En cas de garde exclusive, l’autre parent peut déduire une pension alimentaire s’il en verse une (avec des règles et plafonds à respecter). En pratique, mieux vaut se mettre d’accord le plus tôt possible sur le rattachement des enfants et sur la déclaration des pensions, car cela change le nombre de parts et donc le montant final de l’impôt.Attention également aux effets sur le prélèvement à la source. Si le couple avait choisi un taux commun, la personne aux revenus les plus élevés peut avoir un complément à payer très significatif l’été suivant, car elle « a payé trop peu d’acomptes ». La fiscaliste conseille ainsi de « réajuster son taux de prélèvement à la source dès que l’on a connaissance du jugement à venir ». La personne aux revenus plus modestes a aussi intérêt à actualiser rapidement sa situation pour ne pas rester prélevée à un taux trop élevé.Enfant : l’avantage fiscal dès la naissanceSi vous avez un enfant, vous devez déclarer sa naissance dans la rubrique « changement de situation » et ainsi le rajouter. Cela ouvre droit à un avantage fiscal, à savoir la majoration de quotient familial dès son année de naissance. Vous récupérez une demi-part pour le premier et le deuxième enfant, une part à partir du troisième. En garde alternée, l’avantage est partagé : ce n’est plus 0,5 pour le foyer fiscal, mais 0,25 chacun.