Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Le Monde des livres Le Monde des livres Le Monde des livres Essais histoire Essais histoire Essais histoire Le genre, l’apparence, l’attitude, les gestes, la parole, l’effort : autant d’aspects de la corporéité du scientifique, qui influent sur le travail de recherche, montre l’historienne. Article réservé aux abonnés « A corps retrouvé. Anthropologie du monde savant (XVIIe-XXIe siècle) », de Françoise Waquet, CNRS Editions, 320 p., 26 €, numérique 19 €. Loin d’être un pur esprit, le savant a un corps, le savant est un corps, qui travaille, cherche à séduire un auditoire, se fatigue à la tâche… Si cette corporéité peut paraître un truisme, le nouvel ouvrage de Françoise Waquet porte bien son titre, A corps retrouvés, tant elle s’attelle à mettre au jour, en faisant littéralement le tour de ces corps, l’importance inaperçue des dimensions physiques dans les professions savantes. Certains traits, la posture, la tonalité de la voix, la manière de se vêtir, entre autres, possèdent des implications réelles dans les échanges entre pairs et avec des élèves. Ils entrent aussi dans des standards de comportement qui s’imposent aux chercheurs de façon tacite ou beaucoup plus explicite. La norme est parfois bavarde : l’autrice peut ainsi puiser sans difficultés dans des biographies anciennes, des rapports de concours ou des témoignages d’hommes et de femmes de science du XVIIe au XXIe siècle pour mettre en évidence les injonctions corporelles qui structurent le monde académique. Dans le même esprit, cette historienne des sciences s’était intéressée antérieurement à d’autres à-côtés qui n’en sont pas, la matérialité des lieux où se font la recherche ou encore les émotions des chercheurs (Une histoire émotionnelle du savoir, CNRS Editions, 2019). On peut donc lire cet ouvrage comme la poursuite d’une même démarche, « attentive à l’ordinaire de l’activité scientifique, celui de la science qui se fait ». Les situations qui le prouvent ne manquent pas dans cet ouvrage très incarné, où les savants s’animent. La corporéité est d’abord une interaction avec le reste du monde et charrie dès lors des attentes ou porte des biais. Si l’on ne croit plus guère aujourd’hui à la physiognomonie, par laquelle on déduisait les qualités morales de l’apparence physique, son empire était très puissant au XIXe siècle, faisant une large part à l’œil « vif » et au front « haut » du savant. Les représentations de genre produisaient d’autres standards. L’autrice consacre des pages très intéressantes aux obstacles de toute nature affrontés par les femmes dans le monde académique, hier comme aujourd’hui. Le président de l’agrégation féminine de lettres se plaignait ainsi en 1911 de la « ténuité » du volume de la voix des candidates et de « l’absence ordinaire de cordes graves ». Il vous reste 32.64% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
« A corps retrouvé », de Françoise Waquet, aborde l’histoire des sciences à travers la place qu’occupe le corps des savants dans la construction du savoir
Le genre, l’apparence, l’attitude, les gestes, la parole, l’effort : autant d’aspects de la corporéité du scientifique, qui influent sur le travail de recherche, montre l’historienne.








