Aïssata K., Malienne de 40 ans, dans le camp de réfugiés de Mbera, en Mauritanie, le 6 février 2025. Elle a fui son village en novembre 2024 lorsque des hommes blancs armés ont fait irruption chez elle, à la recherche de son mari. CARMEN YASMINE ABD ALI
Un jour sur deux, au petit matin, avant que l’atmosphère du désert mauritanien ne devienne brûlante, Thiaye (tous les prénoms ont été modifiés), réfugié malien, parcourt dix kilomètres à pied, la tête enveloppée dans un chèche blanc. A un rythme effréné, l’octogénaire s’enfonce dans les travées ensablées du camp de réfugiés maliens de Mbera, situé à plus de 1 200 kilomètres à l’est de la capitale, Nouakchott.
Dans le reflet de ses lunettes noires défilent les rangs de baraquements en tôle et les tentes siglées « UNHCR » de l’Agence des Nations unies pour les réfugiés. « Par là, les installations des nouveaux venus rendent étroites les bordures du camp », relève le professeur de mathématiques à la retraite. « Ce nouveau quartier, on l’appelle “Wagner” », dit-il, en référence aux déplacés qui ont fui les exactions de l’armée malienne et de ses alliés russes.
Entre 2022 et 2025, le nombre de Maliens arrivés en Mauritanie a plus que doublé, selon l’UNHCR, passant de 70 000 à 160 000, et même à 245 000 selon Nouakchott – tous n’ont pas le statut de réfugié. La majorité s’est installée dans la région frontalière du Hodh Ech-Chargui, l’une des plus pauvres du pays, dans le camp de Mbera et ses alentours.







