Nous republions ici une critique parue dans « Le Monde des livres » du 9 novembre 2012.
« Tombé hors du temps » (Nofel mihutz lazman), de David Grossman, trad. de l’hébreu par Emmanuel Moses, Seuil, 204 p., 17,50 €.
L’intimité bien connue de l’écriture avec la mort (en écrivant, nous produisons d’emblée des traces de ce que nous ne serons plus) peut amener l’expérience littéraire à son point culminant quand celle-ci emprunte le chemin qui mène vers les défunts. Ce chemin, l’écrivain israélien David Grossman s’y engage par un texte inclassable en forme de récit, de poème polyphonique ou de chant funèbre, et publie sans doute son œuvre la plus singulière.
Dans Tombé hors du temps, il n’est plus question de ce conflit israélo-palestinien dont Grossman a été si souvent le chroniqueur, ni même de politique ou de combat, mais d’une évocation des morts qui se rattache aussi bien à Homère qu’à Rilke, dont l’influence est ici omniprésente.
Certes, ces lignes sont inspirées par la perte du fils de David Grossman, Uri, tombé au combat le 12 août 2006 au Liban, peu de temps avant son 21e anniversaire. Mais, ce qui frappe, c’est plutôt le souci d’universalité, symbolisé par le Centaure-écrivain dont le fils disparu s’appelle tout simplement Adam.






