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’ai beau me battre, évoquer avec détermination sa traduction des Principia d’Isaac Newton, mes élèves de 4e – j’enseigne l’histoire au collège – ne retiennent que deux choses de la vie d’Emilie du Châtelet (1706-1749) : ses liens avec Voltaire ; sa mort en couches.
Entre eux et moi, cela vire au bras de fer. Je veux leur présenter Emilie dans son unité : son histoire raconte aussi bien l’émancipation d’une femme (traduire Newton, avoir des amants) que son assignation à sa condition biologique (être enceinte à 42 ans, mourir des suites d’une fièvre puerpérale). L’un ne va pas sans l’autre.
Mais rien n’y fait. Sans doute parce que, pour mes élèves, ce qui relève de l’anecdote, c’est qu’Emilie soit mathématicienne. Cela n’a rien d’inouï pour des collégiens du XXIe siècle, même si c’est encore trop rare. Mourir en couches, en revanche, leur semble d’une puissance historique et mélodramatique terrible. Cela ne leur paraît en rien anecdotique. Et ils ont raison.
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