« Je ne veux pas enlever les chaussettes pour dormir. » Lucile Notin-Bourdeau, l’illustratrice autiste de notre série, ne retirait ses chaussettes que pour la douche. C’est après un bobo à l’orteil lorsqu’elle était petite qu’elle décide de passer ses journées, ses nuits, ses étés les pieds cachés. Aujourd’hui, quinze ans plus tard, après avoir commencé à travailler sur les dessins de notre série, Lucile finit par accepter de mettre des chaussures ouvertes que lui a achetées Eugénie, sa mère, comme pour mieux « s’ancrer dans la réalité », comme le dit sa maman. LUCILE NOTIN-BOURDEAU
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l n’a pas fallu chercher très loin pour que les témoignages pleuvent. A peine le sujet évoqué dans l’open space du Monde qu’un journaliste confiait, les yeux écarquillés à l’évocation du souvenir : « Dans la précédente rédaction où je travaillais, un type se promenait très souvent pieds nus à travers les étages. Cela me dégoûtait profondément. J’avais l’impression qu’il répandait ses mycoses partout sur la moquette. » Une collègue ne voulait même pas que l’on évoque le sujet en sa présence, car il lui donnait des frissons d’horreur – elle détestait les pieds. D’autres m’ont discrètement avoué qu’ils ne portaient que des chaussures fermées, trop gênés de montrer les leurs en public.







