I

maginons une ambiance sexto. Très cliché. Un peu vulgaire. Avec cette question prévisible : « Tu portes quoi, là, sous tes vêtements, quand tu m’écris ? » Imaginons que notre correspondant, ce soit René Descartes. Et qu’il réponde : je suis « tout nu dedans mon lit ». Accompagné d’un nude, forcément trompeur et douteux.

C’est assez inimaginable, j’en conviens. Et pourtant, le philosophe précise bien, dans la première de ses six Méditations métaphysiques (1641), qu’il est à oilpé dans son lit : « Combien de fois m’est-il arrivé de songer, la nuit, que j’étais en ce lieu, que j’étais habillé, que j’étais auprès du feu, quoique je fusse tout nu dedans mon lit. »

Ce qui, en latin, donne : « cum tamen positis vestibus jaceo inter strata ». Soit, traduit avec le plus grand soin, en veillant à conserver le caractère torride de l’ablatif absolu : « alors que cependant les vêtements ayant été déposés je suis jeté entre les couches ». Difficile de rester insensible…

Cette mention naturiste n’a pas échappé aux commentateurs. Dans la mesure où cette première méditation est consacrée au doute ainsi qu’aux préjugés de l’enfance et qu’elle a pour but de faire table rase, on pourrait voir, chez elle, le signe d’un dépouillement méthodologique afin de favoriser la pensée pure et austère. Il y a du reborn personnel et du reboot intellectuel dans cette affaire.