C’était un plan réservé aux initiés, un marché caché que seuls les consommateurs de drogue les plus aguerris en informatique savaient arpenter. Il fallait maîtriser le dark Net, qu’une poignée de trafiquants précurseurs avait investi pour y vendre l’interdit hors de tout contrôle.

Ces « places de marché », écloses dans les années 2010, ont peu à voir avec le panorama actuel de la vente à distance de stupéfiants que dépeint une note de police datée du 30 juillet, soulignant que « les groupes criminels se sont adaptés en recourant massivement à la livraison » et en investissant pour cela « les nouvelles technologies, outils désormais incontournables du commerce illicite des drogues ». Selon les enquêteurs spécialisés, les points de deal numériques connaissent une popularité inédite : ils comptabilisent « entre 100 000 et 300 000 membres actifs sur l’ensemble des réseaux de vente de stupéfiants ».

La numérisation du trafic – un phénomène aussi appelé « ubershit » – a pris de l’ampleur avec la période du Covid-19 et des confinements. Outre qu’il permettait de contrecarrer les limitations de déplacements, le système de livraisons à domicile s’est imposé comme une façon de déjouer les contrôles de police et d’éviter les tensions sur les points de deal traditionnels, tout en proposant de nouveaux services à une clientèle élargie, et connectée.