L
a langue française, ce ne sont pas les Tables de la Loi. Contrairement à une idée répandue, les dictionnaires et les grammaires ne recommandent pas tous les mêmes règles, et il n’est pas rare que chacun propose plusieurs graphies. Le mot « djeun », version familière de « jeune », pour ne prendre qu’un exemple, n’est pas dans le Petit Larousse, mais on le trouve bien dans le Petit Robert, entre « djembé » et « djihad ». Avec plusieurs orthographes : avec et sans E final, et un pluriel ordinaire en S (djeuns/djeunes) ou avec une apostrophe (djeun’s).
En somme, le vocabulaire que nous employons relève d’un choix, et celui qu’utilise le quotidien dit « de référence » soulève toujours des questions. Un lecteur du Monde s’indignait ainsi que le journal ait écrit, au moment de l’élection de Donald Trump, que « les Américains [s’étaient] prononcés ». Ce qu’il critiquait, c’était l’utilisation du gentilé « Américains », usage revenant, selon lui, à priver les Brésiliens, les Canadiens et tous les autres habitants du « Nouveau Continent » du privilège de se dire également américains.
« Les Etats-Unis ne sont PAS l’Amérique, écrivait-il. Ne l’ont jamais été. » Le pays du président Trump, en effet, ce sont, officiellement, les Etats-Unis d’Amérique, qui représentent moins du quart de la surface du continent américain. « Les Etatsuniens ne sont pas l’Amérique mais des membres de celle-ci, argumentait encore notre lecteur. Politiquement, ils ne sont pas américains mais étatsuniens. »






